Partagez | 
 

 Eireen Nahmäni

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité

Invité
avatar



MessageSujet: Eireen Nahmäni   Mer 11 Mai - 21:31


Eireen Nahmäni



Informations
☩ Âge : 28 ans
☩ Clan : Nuit
☩ Métier : Maître d'armes
☩ Divinité protectrice : Aucune
☩ Pouvoir : Aucun
☩ Signes particuliers : Aveugle de l'oeil gauche, dernière phalange du pouce manquante à la main droite et corbeau, nommé Kaäk, souvent perché sur l’épaule.

☩ Prédéfini ?  Non
☩ Avatar by Charlie Bowater



Physique
Eireen fait partie de ses gens qui distillent de façon innée une aura de mystère autour d’eux. Non pas qu’elle cherche à paraître mystérieuse ; si elle porte souvent une capuche rabattue sur son visage et un long manteau par-dessus son éternelle tunique de combat c’est plus par souci de discrétion et de confort qu’autre chose. Mais les gens sont souvent prompts à tirer des conclusions et nombreux sont ceux qui pensent qu’elle cache quelques secrets dans les plis amples de ses habits. Peut-être ont-ils raison.

Peut-être aussi cesseraient-ils leur bavardage nauséabond s’ils avaient vu le corps sculpté à la faux d’Eireen, ses muscles longs et fins, ses formes à peine dessinées et sa minceur.

Peut-être éviteraient-ils de scruter la pénombre de sa capuche s’ils pouvaient distinguer les traits durs de son visage, son nez droit, ses pommettes hautes, son front dégagé, ses longs cheveux aussi noir que les ailes du corbeau perché sur son épaule, ses lèvres toujours crispés en une mince ligne horizontale et ses yeux, de la couleur du ciel avant l’hiver, si clairs que l’on distingue à peine, sur le gauche, le voile blanc qui traduit sa cécité.

Peut-être riraient-ils moins en voyant sa main droite amputée s’ils savaient que la gauche, après des années de persévérance et d’efforts, maniait désormais mieux l’épée que la plupart d’entre eux, et que dans la manche de son manteau se cachait un couteau aussi aiguisé que les serres de Kaäk.

Peut-être…
Mais les gens sont souvent prompts à tirer des conclusions et ils ont sans doute raison.

Caractère
Plus encore que son apparence c’est son caractère qui fait d’Eireen une énigme. Toute personne ayant vécu la moitié de ce qu’elle a enduré serait devenu soit un fou, soit un psychopathe, ce qui au final revient à peu près au même. Peut-être l’est-elle d’ailleurs, folle.

Si beaucoup de personnes la décrivent comme un être froid et distant, voire sauvage ; c’est qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de gratter la surface. Elle aime simplement le silence, presque autant qu’elle aime se noyer dans les bruits de la ville, le brouhaha des conversations lointaines et les éclats de rire. Certes c’est une solitaire, mais il s’agit surtout de se protéger, de cerner ceux qui l’entourent pour pouvoir anticiper l’interaction humaine. S’attacher à quelqu’un est ce qu’elle craint le plus car elle a toujours été déçue ou abandonnée par ceux en qui elle avait pu placer sa confiance. Elle s’est résignée et a depuis longtemps cessé de croire en l’espèce humaine.

Il existe cependant une exception : les enfants. Elle est intimement persuadée que, si les hommes de sa génération ont lamentablement échoué à conserver ce qui faisait leur humanité, leur seul espoir reste la génération à venir. Avec eux, oubliés la froideur apparente, le mutisme et le masque impassible. D’ailleurs, il n’est pas un gamin du clan de la Nuit qui vous dira qu’Eireen est « distante » et « sauvage » ; tous la connaissent, l’adorent et elle leur rend bien. Eireen n’a pas besoin qu’ils lui disent pour savoir quand quelque chose ne va pas, elle le sent, elle le voit, elle le sait. Elle ne s’énerve jamais après eux, vraiment, jamais ; parce qu’elle culpabiliserait bien trop après.

Hormis ces deux facettes antagonistes, qui peut vraiment dire connaître la jeune femme, à part Kaäk ? Qui sait qu’il n’y a qu’en maniant son épée qu’elle arrive à éloigner la chape de morosité et de solitude qui pèse sur ses épaules ? Qui sait que, toutes les nuits, elle voit en rêve les fantômes de sa famille et se réveille en pleurs ? Qui sait que ce qu’elle déteste le plus au monde c’est elle-même ? Qui sait la solitude qui la pousse à observer ses semblables à longueur de journée ? Qui sait que derrière le masque ce sont en permanence des milliers de rouages qui cogitent ? Et qui sait combien elle s’en veut d’avoir tué son frère ?

Qui sait ?
Sans doute est-elle folle.



Histoire

Quelque chose me tirait vers le bas. Une main, un bras dont l'extrémité se noyait dans la pénombre. Je sentais les ongles crochus s'accrocher à ma nuque, les doigts longs et humides se refermer sur ma peau glacée et le souffle fétide au creux de mon oreille. La pression imposée sur mon cou m’empêchait de tourner la tête. Seule restait la sensation traumatisante de tomber, de sombrer dans un abysse dont je ne connaissais pas la profondeur. Mon corps refusait de combattre l’adversaire invisible, comme figé par ce contact morbide sur ma nuque. Peu à peu, le froid me gagnait et mon esprit perdait sa lucidité, submergé par les ténèbres.
Je ne saurais dire s’il s’écoula une poignée de secondes, de minutes ou des heures avant que n’apparaisse devant moi le premier visage. Mais cette simple vision suffit à faire monter la bile le long de ma gorge. Je le reconnus sans peine, malgré les orbites vides, les vers qui dévoraient la peau de ses joues, les dents noires, la peau distendue et nécrosée. C’était une vision d’horreur, un fantôme d’un passé désormais révolu. J’eus beau essayer de fermer les yeux, rien n’y fit, le sceptre flottait dans le néant devant moi et la vision ne s’estompa que pour en dévoiler une seconde toute aussi effrayante.
Soudain, je sentis la prise sur ma nuque se desserrer et mon corps répondit de nouveau à mes semonces. Mes jambes s’agitèrent, mes bras aussi, ma tête oscilla de droite et de gauche mais rien n’y faisait, je continuais de tomber, sans cesse.
Bientôt, ce ne fut plus un sceptre mais deux, trois, dix, cent qui entamèrent une danse macabre autour de mon corps de pantin agité de sursauts pathétiques. Je voulais hurler, crier qu’ils me laissent en paix, que la chute se termine, mais pas un son ne sortit de ma bouche. J’aurais préféré m’écraser sur des rochers acérés, mourir broyée en mille morceaux dans des souffrances atroces plutôt que d’endurer plus longtemps la vision horrible de tous ces visages, autrefois aimés et aujourd’hui réduits à l’état de cadavres ambulants.
Les larmes se mirent à couler sur mon visage en flots ininterrompus. Mon corps, si ridiculement petit à côté des sceptres, n’étaient plus agités que de sanglots. De longs et douloureux sanglots qui finirent par m’arracher mes premiers cris. Des cris stridents puis rauques, puis stridents, mais toujours plaintifs, les cris d’une mourante. Je sentais le goût salé de mes larmes, ou du sang, dans ma bouche et cela accroissait encore mon envie de vomir. Je suffoquais, j’avais l’impression de me noyer dans mes propres larmes, de ne plus trouver d’air pour respirer, et toujours cette sensation, la sensation de tomber, encore et encore, vers où, vers quoi, pourquoi, je ne savais pas…

Un sceptre, brusquement, s’avança vers moi. Il paraissait impassible parmi les autres, car tous, sauf lui, s’étaient soudainement mis à se tordre de douleur comme rongés par un mal sournois et silencieux qui dévorait leurs entrailles déjà bien entamées. Le sceptre pointa son doigt réduit à quelques lambeaux de chairs pendants autour d’un os gris, sur moi. Ses orbites vides me fixaient sans relâche, et il s’approcha encore davantage, jusqu’à ce que je sente son souffle nauséabond sur ma joue.
Lorsque ses doigts se posèrent sur mon menton, soulevant mon visage comme pour mieux le voir, le reste de mon corps se figea, mes larmes cessèrent de couler et je n’eus plus peur. Car je savais que ce sceptre ne me voulait aucun mal. Son index effleura l’os de ma mâchoire, puis ses bras se refermèrent doucement sur moi et me pressèrent contre lui. Le dégoût que m’inspirait jusqu’alors son apparence disparût et je le laissai faire. Une douce chaleur se répandit dans mon corps et la sensation de chute s’évapora. Il murmura quelques paroles incompréhensibles et un sourire paisible se dessina sur mes lèvres.


C’était les mêmes visages toutes les nuits, le même cauchemar. Et si ce dernier se terminait sur un sourire, c’était toujours en larmes qu’Eireen se réveillait. Ses doigts se crispèrent sur l’oreiller qui étouffait ses derniers sanglots et elle se redressa brusquement. Il faisait encore nuit mais on entendait déjà le bruit des cuisines dans la cour en contrebas aussi décida-t-elle de s’habiller et de quitter sa chambre. Dans quelques heures à peine, il lui faudrait rejoindre le terrain d’entraînement.
*

“Ingvar, mon grand, plus haut ta garde. Liv, tu es trop crispée, il faut que tu sois souple sur tes jambes. Ça ne sert à rien de savoir manier une épée, si tu ne peux pas te déplacer pour éviter les coups… Regarde. Plie légèrement tes genoux, avance ton pied droit, voilà, comme ça, c’est bien. Maintenant, fais un pas en avant et change de pied d’appui. Parfait!”

La gamine s’exécuta et ouvrit des yeux ronds, comme si, soudain, elle avait trouvé la clef à tous ses problèmes. L’équilibre et l’agilité étaient deux éléments fondamentaux pour devenir un bon escrimeur, les apprentis guerriers avait souvent tendance à l’oublier. C’est ce que lui répétait sans cesse Tolhuyn : équilibre, agilité, persévérance, audace et clairvoyance, les cinq piliers de l’excellence martiale.
Au-delà de ça, il disait aussi que seule l’Étincelle permettait de distinguer le bon soldat du vrai guerrier. Tolhuyn n’avait jamais eu cette étincelle, il n’avait jamais été qu’un bon soldat ; un bon soldat qui avait malgré tout réussi à faire d’elle une vraie guerrière et l’une des meilleurs maîtres d’armes du clan de la Nuit.

Le soleil avait atteint son zénith. Eireen annonça l’heure du déjeuner et laissa ses deux pupilles s’échapper en direction des baraquements pour un repos bien mérité. Elle n’avait pas encore sorti les morceaux de viande séchée qui constituaient son repas que Kaäk s’était déjà poser sur son épaule. L’intelligence de son compagnon l’impressionnait même encore aujourd’hui, après dix ans de vie commune, jour pour jour. Elle effleura les plumes aux reflets bleutés du corbeau et sourit.
“ Tiens, prends tout. Je n’ai pas faim. Joyeux anniversaire Kaäk… ”

Elle empoigna son épée tandis que le volatile quittait son perchoir pour se concentrer sur son repas. Comment pouvait-elle avoir faim aujourd’hui ? Dix ans jour pour jour…
L’acier fendit l’air émettant un sifflement à peine audible. Dix ans jour pour jour après avoir perdu ce qui était le plus cher à ses yeux.
De nouveau le même sifflement. La même attaque. Une fois, deux fois, cinq fois, dix, vingt. Dix ans jour pour jour après avoir tué son frère.
*

“ Eh, le monstre, viens là !  Viens là j’te dis ! Viens ! Bonne à rien ! Mais viens, putain ! Viens là qu’j’te fasse voir c’que tu mérites, salope ! ”

Irina se recroquevilla sous la table. Non, elle ne voulait pas. Un énorme hématome bleuissait déjà à l’angle de sa mâchoire. Elle jeta un coup d’œil sur sa mère qui gisait par terre, les yeux clos, la bouche entrouverte sur des lèvres tuméfiées et les cheveux baignant dans une mare de sang. Non, vraiment, elle ne voulait pas. Elle ferma les yeux, les mains plaquées sur ses oreilles, le visage caché entre les genoux mais déjà il était là. Sa pogne ensanglantée agrippa ses cheveux et il la tira sans ménagement hors de son abri de fortune et la jeta sur le lit qui trônait dans un angle de la pièce. Elle ne cria pas, ça ne servait à rien, ça n’avait jamais servi à rien : tout le monde savait dans le voisinage ce qui se passait derrière la porte close des Yëvanov mais personne n’avait jamais bronché. Elle sentit son arcade s’ouvrir lorsque le poing frappa sa tempe mais elle ne pleura pas. Ça non plus, ça ne servait à rien, ça l’énervait encore plus, et il ne fallait pas l’énerver.
Elle n’ouvrit les yeux que lorsqu’elle sentit quelque chose glisser sous son corsage. Sa jupe remonta sur ses hanches trop rondes, dévoilant des cuisses trop charnues, des bourrelets qu’elle essayait toujours tant bien que mal de cacher et qui lui valait les moqueries des autres filles de son âge. Elle voulut se débattre, tenta de griffer le vide, mais le poids d’un corps l’écrasa et elle sentit une main agrippé sa gorge. Il y eut un grognement, une douleur foudroyante au creux de son ventre, elle crut mourir, écartelée de l’intérieur, étouffée. La douleur l’empêchait de bouger, la résignation une nouvelle fois pris le dessus et elle referma les yeux. Combien de temps cela dura-t-il ? Combien de fois sentit-elle le poignard s’enfoncer dans sa chair ? Combien de fois le râle hideux de l’homme écrasé sur elle parvint-il à ses oreilles ? Elle avait perdu le compte. Le souffle nauséabond au creux de son cou lui donnait envie de vomir, de même que…

“ ’Ina ! ”

Le cri lui fit l’effet d’un électrochoc. Soudain, on la ramenait à la vie, malgré elle, car elle avait reconnu cette voix. Et elle aurait mille fois préféré mourir plutôt que de croiser le regard du spectateur à qui elle appartenait. Elle ouvrit les yeux et parvint à tourner la tête, malgré la main toujours plaquée sur sa gorge.
Mikhaïl la regardait ; ses yeux encore purs d’enfant étaient remplis de peur et des larmes coulaient sur ses joues rondes. Depuis combien de temps assistait-il ainsi à ce triste spectacle ?

“ ’Ina… ”

Le cri n’en était plus un. C’était une supplique, un appel au secours. Un petit bras potelé se tendit dans la direction d’Irina. L’enfant fit un pas en avant, puis un autre et s’arrêta alors qu’un énième grognement couvrait ses sanglots. La main tendue retomba faiblement, comme un mauvais geste dont on se repentirait.
C’est à cet instant précis qu’elle prit sa décision. A l’instant où, derrière la peur, elle entraperçût, dans les yeux de son frère, l’amour qu’il lui vouait. C’est à cet instant qu’elle ne pouvait pas se laisser faire, qu’elle ne pouvait pas abdiquer sans se battre.

Où puisa-t-elle la force nécessaire pour se débarrasser des cent kilos de chair affalés sur elle ? D’où jaillit le cri qu’elle poussa au moment où ses bras s’arcboutèrent pour repousser son père ?  Elle n’aurait su le dire. Tout comme elle n’aurait su dire comment le corps fluet de Mikhaïl réussit à se glisser entre son violeur et la pioche qui était adossée sur le mur. Mais lorsqu’elle se releva, ce n’était pas dans le crâne de son père qu’était empalée la pointe métallique mais dans celui de son frère. Mikhaïl gisait, étouffé sous le corps paternel à moitié nu, les yeux grands ouverts, l’extrémité de la pioche jaillissant au centre de sa petite tête brune.
*

“ Va-t-en sale monstre ! Va-t-en avant que je te tue aussi, comme tu l’as fait avec les autres ! Va-t-en et ne reviens plus jamais ! Va-t-en ! ”

Ivan la regarda sans broncher. Ses mots étaient froids et dénués d’émotions comme le bon soldat du Dragon qu’il était. Ivan savait que le seul moyen de ne pas entacher son honneur c’était d’accuser sa sœur. Borgne et grosse, elle était déjà la risée du quartier, il n’aurait pas de mal à la faire passer pour folle en plus de tout le reste. Mais pour cela, il fallait qu’elle dégage. Si elle parlait, d’autres langues se délieraient, enhardi par le courage d’Irina. Il n’aurait plus aucune chance de gravir les échelons si on apprenait qu’il avait couvert les exactions de son père pendant des années. Il fallait qu’elle parte, c’était la meilleure solution pour tous.

Il ne jeta même pas un coup d’œil sur le pouce sectionné d’Irina dont coulait abondamment le sang. Elle n’aurait pas dû supplier, pas dû s’agripper à lui comme ça. Lui et elle n’avait plus rien à se dire, plus rien en commun. Les liens du sang ne voulaient plus rien dire maintenant.
Le plat de son épée frappa la jeune fille en plein estomac.

“ Va-t-en j’ai dit ! Maintenant ! ”

Les yeux gris clair d’Irina se posèrent sur lui. Il n’y avait pas besoin d’être un devin pour y lire un mélange de résignation et de haine. Elle se releva tant bien que mal, boue et sang tachant sa tunique.
Elle n’ouvrit pas la bouche, ne dit pas un mot.
Ivan ne prit même pas la peine de regarder dans quelle direction elle s’en allait, il ferma la porte derrière lui : il avait du ménage à faire.
*

Irina quitta Illuinsborg comme si cette ville n'avait jamais été la sienne. Son esprit et son coeur s'était fermé, asphyxiés par une douleur qu'elle se sentait incapable d'assumer, accablés par la portée de ses actions et la souffrance d'avoir perdu l'être qu'elle aimait le plus au monde. Elle gardait les yeux rivés sur le sol boueux, sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, seule, inconnue. Le sang de son pouce amputé tombait goutte à goutte sur le sol, elle ne sentait pas la douleur, pas celle-ci en tout cas, de même qu'elle ne voyait pas le corbeau qui tournait au dessus d'elle, attiré par l'odeur.

A la nuit tombante, à peine arrivée à la sortie de la ville, elle se recroquevilla dans une ruelle sombre et attendit. Quoi? Qui? Rien et personne. Elle attendait que le temps passe, que les souvenirs s'effacent et avec elle la douleur au creux de son ventre.
Le corbeau se posa devant elle, à quelques mètres à peine. Elle le regarda sans le voir, droit dans les yeux, comme s'il ne s'agissait que d'un fantôme. Il était jeune, maigre et il lui manquait des plumes au niveau du poitrail et sur l'aile gauche. Sautillant maladroitement, il s'approcha un peu plus. Était-ce encore l'odeur du sang ou celle du morceau de pain trempé qu'elle avait ramassé sur son chemin?
Elle écarta les doigts et jeta le morceau de pain à ses pieds.

“ Tiens, prends tout. Je n’ai pas faim. ”

L'oiseau lui jeta un regard méfiant mais, trop affamé, finit par se jeter sur les miettes. Irina le regarda faire sans un mot, sans un geste à son égard, les genoux remontés contre la poitrine, le regard vide, sans vie. Était-ce là la solution? Se laisser mourir, dévorée par les charognes? Peut-être.

Lorsqu'il eut terminé, le corbeau leva ses petits yeux noirs sur elle et émit un croassement impérieux.
*

Eireen laissa mollement son épée retomber le long de son corps. La vague de souvenir l’avait épuisée, aussi retourna-t-elle s’assoir auprès de Kaäk.

Après ce jour elle avait quitté le clan du Dragon pour ne plus jamais y revenir. Ses errances et ses jeûnes à répétition n’avaient pas eu raison de son surpoids aussi rechignait-on partout à lui donner un morceau de pain. Ce qu'on lui donnait elle le partageait toujours avec son compagnon d'infortune, le corbeau, désormais nommé Kaäk, comme le cri qu'il avait poussé ce soir là, et qui depuis la suivait sans relâche. Ce cri l'avait en quelque sorte sauvée, il avait fait naître en lieu et place de la tristesse et de la souffrance, la rage et la haine. Kaäk avait ouvert pour elle un horizon supplémentaire: la vengeance, et pour cela elle se sentait redevable envers lui.
Un jour, à l’entrée du plateau du clan de la Nuit, elle entreprit de voler de la viande séchée sous une tente mais un homme du campement la prit la main dans le sac. Il tenta de lui filer une bonne rouste mais un voyageur s’interposa, subjugué par la hargne que mettait la jeune femme à se débattre malgré la carrure de son adversaire comme il le lui révéla bien plus tard.
Ce voyageur c’était Tolhuyn, il rentrait sur Hallbjorn et lui proposa de l’accompagner. Pourquoi ? Il ne répondit jamais à cette question, mais elle accepta sa proposition. Elle n’avait nulle part où aller et il lui promit de la nourrir en échange de menus travaux.

Tolhuyn lui demanda son nom et machinalement elle mentit. Quelques années plus tard, avant son départ, il lui avouerait qu’il savait qu’elle mentait, mais il ne lui redemanda jamais son vrai nom. Elle devint Eireen Nähmanï, petite nièce de Tolhuyn Nahmäni, simple soldat à la retraite.

Tolhuyn lui demanda si elle avait passé le rituel et elle mentit aussi. Malgré son absence d’éducation, elle savait que si cette pratique était peu répandue au sein du clan du Dragon, elle était presque obligatoire chez tous les autres. Tolhuyn lui répondit qu’elle avait encore le temps de songer à quel pourrait être son pouvoir. Aujourd’hui, si on lui demandait, elle prétendait avoir un don d’empathie : inutile du point de vue des guerriers de la Nuit et suffisamment remplaçable par sa perspicacité.

Finalement, Tolhuyn lui demanda si elle avait déjà tenu une épée et cette fois-ci elle ne mentit pas.

Les menus travaux évoqués à la première rencontre durèrent quelques mois à peine. Très vite, Tolhuyn commença à lui apprendre le maniement des armes.
Les dizaines de tours de baraquement et les centaines d’heures à manier le poignard, l’épée ou l’arc eurent raison de son embonpoint si bien qu’elle n’eut bientôt plus que des os et des muscles. Jamais elle ne ménageait ses efforts, jamais elle ne s’arrêtait. Son maître d’armes lui demandait souvent d’où lui venait cette hargne, cette étincelle, qui l’animait et lui permettait de rester des heures durant à répéter un même mouvement sous une pluie battante. Elle répondait toujours qu’elle ne savait pas et qu’elle voulait simplement qu’il soit fier d’elle.
Plus tard, Tolhuyn lui apprit à lire et à écrire car il était certes un bon soldat mais son domaine d’excellence c’était les lettres et la stratégie plus que toute autre chose.

Et puis un jour, Tolhuyn disparut. Il ne laissa pas une lettre à son égard, n’emporta rien qui eût pu lui être nécessaire. Il disparut simplement, comme il était apparût, tel un mirage.

Aujourd’hui encore, Eireen, assise au bord du terrain d’entraînement, son corbeau perché sur l’épaule, ne sait pas ce qu’il est advenu de son maître. Tout comme elle ne sait pas qui il était vraiment, ni pourquoi il l’avait choisie elle, elle la meurtrière, elle la voleuse, elle la moins que rien, elle… le monstre.



Le forum et vous
☩ Comment avez-vous connu le forum ? Partenariat
☩ A première vue, que changeriez-vous sur le forum ? "A première vue", pas grand chose!
☩ A quel rythme répondez-vous généralement ? Ça dépend beaucoup du temps que j'ai IRL, disons entre une fois par jour et une fois par semaine (par RP).

☩ Si vous quittez le forum un jour, préférez-vous que votre personnage...
[] disparaisse sans laisser de trace dans le vaste monde d'Eyland (choix appliqué si aucune case n'est cochée)
[X] meure dans des circonstances aussi logiques que possible
[] devienne un PNJ et soit incarné par le staff à l'occasion par exemple de quêtes ou d'events
[] devienne un prédéfini et soit proposé à l'adoption
[] autre (précisez)

☩ Et la question qui tue... gâteau au miel ou clafoutis aux cerises ? What a Face J'ai toujours préféré le gâteau au miel personnellement, donc la question ne se pose même pas!


©️ By A-Lice sur Never-Utopia
Revenir en haut Aller en bas
Siobhán Ragnvald


avatar


Date d'inscription : 16/04/2016
Messages : 144
Age du personnage : 31 ans
Divinité protectrice : Idunn
Pouvoir : Transfert de propriétés végétales

MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Mer 11 Mai - 22:15

Bienvenue sur le forum!

Cet avatar... *bave*
Ton personnage s'annonce intéressant, j'aime beaucoup ta plume! Du coup j'ai hate d'en lire plus, bon courage pour la rédaction ♥

_________________

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://stigandr.forumactif.org/t64-siobhan-ragnvald-herboriste-fille-d-idunn http://www.ewilanrpg.com/
Dagheidr Dalgaard


avatar


Date d'inscription : 16/01/2016
Messages : 280
Age du personnage : 19 ans
Divinité protectrice : Frigg
Pouvoir : Amplification des émotions
Age : 25

MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Mer 11 Mai - 22:24

Et un bienvenue officiel à toi, en espérant que tu te plairas parmi nous ! =D

Bonne continuation pour le reste de ta fiche :3

_________________

Ecoute le chant du monde, et CHANTE avec lui

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://stigandr.forumactif.org/t17-dagheidr-dalgaard http://stigandr.forumactif.org/
Aslaug Mìrskytar


avatar


Date d'inscription : 29/02/2016
Messages : 75
Age du personnage : 20 ans
Divinité protectrice : Tyr
Pouvoir : Inertie à létalité variable

MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Mer 11 Mai - 23:06

Bienvenue parmi nous !

_________________

Au nom du Vent
Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://stigandr.forumactif.org/t19-aslaug-mirskytar
Reiel Saemansson


avatar


Date d'inscription : 21/01/2016
Messages : 121
Age du personnage : 18
Divinité protectrice : Loki
Pouvoir : Invocation d'images
Age : 22

MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Jeu 12 Mai - 0:16

Bienvenue parmi nous, mademoiselle! Très heureux de voir que le clan de la Nuit en intéresse certains; j'ai hâte d'en lire plus sur ton personnage!

_________________

Avatar utilisé avec la permission de WiseSnailArt.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité

Invité
avatar



MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Jeu 12 Mai - 5:34

Merci tout le monde!

Vous me mettez un peu la pression en débarquant tous comme ça d'un coup. ^^

Je vais tâcher de finir ma fiche rapidement et de ne décevoir personne. (Je ne promets rien, je ferais au mieux!)
=D
Revenir en haut Aller en bas
Hjalmar Thorbjörn


avatar


Date d'inscription : 01/03/2016
Messages : 178
Age du personnage : 47 ans
Divinité protectrice : Skadi
Pouvoir : Une ouïe sur-développée, conçue pour la chasse !

MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Jeu 12 Mai - 16:43

Bien le bonjour, Tu avais pas encore reçu la visite du responsable du clan du dragon è_é.

D'ailleurs, quel dommage que tu veuilles prendre celui de la nuit, tu veux pas prendre le clan du dragon plutôt! Non?

Bienvenu dans le forum, je suis content que quelqu'un prenne le clan de la nuit O/. Tout les clans semblent se remplir de manière un peu équilibré et mon cœur de modo en est remplit de joie! J'attends ton histoire avec impatience. Surtout comment tu vas justifier qu'elle n'est pas de pouvoir et qu'elle arrive à vivre dans le clan de la nuit... ça m'intrigue cette histoire =P. (Bien que j'ai déjà une partie de la réponse dans le caractère.)

Bref bon jeu O/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité

Invité
avatar



MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Ven 13 Mai - 13:24

Bienvenue parmi nous !
Revenir en haut Aller en bas
Jolgeirr Jorkiel


avatar


Date d'inscription : 16/01/2016
Messages : 120
Age du personnage : 26 ans
Divinité protectrice : Skadi
Pouvoir : Gel des muscles - coeur gelé
Age : 27

MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Ven 13 Mai - 22:46

Hey !

Bienvenue à toi, jeune fille au personnage sombre. Nul doute que nos deux handicapés des sentiments pourraient se comprendre. Je te souhaite bon courage pour la suite de ta fiche Wink

_________________

Entends le SILENCE qui révèle le chant du monde

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://stigandr.forumactif.org/t18-jolgeirr-jorkiel
Invité

Invité
avatar



MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Lun 30 Mai - 5:30

Hey, hey!

Après une longue attente, je crois bien en avoir fini avec ma fiche de présentation.

L'histoire est longue et pourtant j'ai essayé de faire concis. Trop peut-être parce qu'il manque plein de détails, mais bon... On va dire que j'ai fait de mon mieux.


[EDIT: Si certains passages sont trop flous, je peux faire des modifs. Mais j'aime quand c'est vague, ça laisse la place à l'imagination et ça peut créer des surprises en RP.]
Revenir en haut Aller en bas
Dagheidr Dalgaard


avatar


Date d'inscription : 16/01/2016
Messages : 280
Age du personnage : 19 ans
Divinité protectrice : Frigg
Pouvoir : Amplification des émotions
Age : 25

MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Mar 31 Mai - 20:22

Et bonsoir ! Me voici pour ta correction :3

C'est une belle fiche que voilà, bien tristounette mais bien faite aussi. Eireen est peut-être un poil jeune pour être maître d'armes, mais comme elle s'est beaucoup investie pour apprendre à se battre et y est apparemment très bien arrivée, ça se tient (et être gauchère doit aider).

Avant de te valider toutefois, j'aimerais bien quelques informations supplémentaires concernant Kaäk. Si j'ai bien compris il la suit depuis le jour où tout est arrivé, il y a dix ans jour pour jour... mais pourquoi ? Est-ce qu'elle l'a trouvé oisillon ou blessé le jour où elle est partie et s'en est occupée ? Les corvidés s'apprivoisent bien en général, mais je le vois mal arriver là comme ça, se percher sur son épaule et décider d'y rester sans raison visible.

Une fois qu'on aura ces informations normalement tout sera bon !

_________________

Ecoute le chant du monde, et CHANTE avec lui

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://stigandr.forumactif.org/t17-dagheidr-dalgaard http://stigandr.forumactif.org/
Invité

Invité
avatar



MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Mar 31 Mai - 20:58

Autant pour moi, j'ai totalement oublié de rajouter ça!
Je le fais de suite!

[EDIT: Done! J'ai rajouté un avant dernier "chapitre" à l'histoire sur sa première rencontre avec Kaäk et quelques lignes au début du dernier "chapitre".]
Revenir en haut Aller en bas
Dagheidr Dalgaard


avatar


Date d'inscription : 16/01/2016
Messages : 280
Age du personnage : 19 ans
Divinité protectrice : Frigg
Pouvoir : Amplification des émotions
Age : 25

MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   Mar 31 Mai - 22:58

Et c'est tout bon ! =D

Félicitations, ta fiche est validée ! N'oublie pas de recenser l'avatar de ton personnage dans le topic prévu à cette effet, c'est la dernière étape pour que tout soit en ordre.

Tu peux désormais créer carnet et éventuellement fiche de liens, ajouter les raccourcis de la fiche de personnage et du carnet dans ton profil, et aller chercher un partenaire de jeu dans cette section si tu n'en as pas déjà !

Bon jeu sur Stigandr, et au plaisir de se croiser en Eyland !


A bientôt parmi nous ♥

_________________

Ecoute le chant du monde, et CHANTE avec lui

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://stigandr.forumactif.org/t17-dagheidr-dalgaard http://stigandr.forumactif.org/
Contenu sponsorisé





MessageSujet: Re: Eireen Nahmäni   

Revenir en haut Aller en bas
 
Eireen Nahmäni
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Eireen Nahmani
» La vie est un rêve. Fais en une réalité ≈ Eireen
» La vie est un rêve. Fais en une réalité ≈ Eireen

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Stigandr - le forum RPG fantasy nordique ! :: Création et gestion des personnages :: Fiche de personnage :: Fiches des disparus-
Sauter vers: