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 Contexte général

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La Völva


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Date d'inscription : 12/12/2015
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MessageSujet: Contexte général   Mar 26 Jan - 19:59

Contexte

«  Au commencement des siècles, quand Ymir s'établit, il n'y avait rien, ni sable, ni mer, ni froides ondes ; de terre point n'y avait, ni de ciel au-dessus, seul le vide béant et d'herbe nulle part…*

- Eh blanc-bec ! On la connaît ta rengaine, on le sait comment il est né le monde ! Et tu sais quoi ? On s’en fout !

Quelques approbations et rires gras s’élèvent à la table du vieux pêcheur, quelques regards courroucés ailleurs, mais la plupart des convives du Poulet farci "s’en fout" effectivement, et de cette intervention aussi d’ailleurs. Les gens sont habitués au brouhaha, aux poètes de passage, aux mineurs fatigués et aux explorateurs couturés. Les apostrophes y sont courantes, les bagarres à peine moins. Un musicien si jeune que c’est peut-être sa première performance loin des yeux de son maître n’est pas une attraction digne d’intérêt.

- Moi je vais vous dire comment on est arrivés ici après la création du monde, c’est pas mieux ?

Le jeune scalde repose son instrument, un sourire dépité aux lèvres. Non, ce n’est pas mieux, le barbu aux traits usés par le soleil et le vent n’a pas besoin de chanter ses histoires pour se coucher le ventre plein, mais les dons de Bragi ne lui permettront jamais de sortir d’une bagarre indemne. Il effectue donc un large geste du bras pour lui laisser la parole, et l’homme se racle bruyamment la gorge.

- Au début y avait les clans. Pas les mêmes qu’aujourd’hui hein. On parle plus de leurs noms, sauf pour les cérémonies du Jour du Naufrage. Y avait des tas de clans, des petits, des grands, des guerriers, des pacifiques, des où tout ce qui comptait c’était les vaches et le blé. Enfin c’était loin, c’était grand, c’était vert, et comme ici on pouvait pas naviguer en mer sans se faire bouffer par un de ces foutus serpents, mais on avait du métal. Des rivières de métal ouais, à plus savoir qu’en faire. Des pièces, des bijoux, des outils, des maisons même, des palais entiers de métal pur !

Le poète secoue doucement la tête, et la lumière de la cheminée joue à enflammer ses mèches blondes. Il est déjà consterné alors que l’histoire n’a même pas commencé. C’est pourtant l’opinion commune que vient d’énoncer le barbu. Lui qui a appris les anciennes sagas sait qu’il n’en est rien : sans doute y avait-il autant de métal là-bas qu’ici, et certainement pas de palais d’or et de fer. Il n’y avait simplement pas de petites pestes promptes à en subtiliser le moindre éclat. Machinalement, le jeune homme glisse une main possessive sur l’amulette à son cou : les vermines peuvent sentir le métal à des kilomètres. A présent que le mot magique de métal a attiré l’attention des tables les plus proches, la voix du pêcheur se fait plus basse, plus mystérieuse.

- Puis un jour quelqu’un a dû vexer les esprits de la terre. Les vaches sont mortes. Sans vaches les hommes ont pas pu tout labourer, même en s’y mettant à la main et avec les chevaux. Ils avaient plus assez de viande, de lait, de cuir. Alors les terres ont plus rien donné ou presque. La pêche pouvait pas nourrir tout le monde, et les gens mouraient de faim. C’est là que des marins ont parlé. Ils étaient pas beaucoup, mais c’étaient des durs, des vrais de vrais. Ils sont partis où personne était jamais parti pour trouver des terres. Et ils sont revenus. Ils avaient trouvé une terre immense, fertile… vide. On pouvait envoyer des hommes, des familles, les bêtes survivantes, et au pire y avait d’autres bêtes qui se laissaient approcher sans peur et qu’on pouvait sûrement domestiquer. Des tas et des tas de gens sont montés dans les bateaux pour avoir une chance de s’en tirer. Hommes, femmes, enfants, dans des vaisseaux immenses, des navires de guerre, et même des barques de pêcheurs, le moindre bout de bois a été utilisé. Mais y avait pas de place pour tout le monde…

L’homme fait une pause et prend une longue gorgée d’alcool. Le jeune blond se surprend à trouver qu’il ne raconte pas cette histoire si mal qu’il pourrait le faire. Bien sûr, il est imprécis, il est inexact, il ne donne aucune des belles figures de style qui font toute la beauté de son art, mais l’idée y est, et surtout il capte peu à peu l’attention de la salle.

- Et les autres, en cours de route, ils ont été attaqués par les serpents de mer. Ca a été un carnage. Un bâtiment sur dix a pu s’en tirer. Ceux qui sont passés à travers. Les autres…

Il se tait gravement. Le reste de la salle se tait avec lui, seules quelques conversations feutrées se poursuivent dans les coins. Même si l'homme exagère, il est indiscutable qu'un peuple entier a presque péri lors de la traversée.

- Les autres sont arrivés ici. Sur cette terre qu’était pas celle que les marins avaient trouvée. Mais y avait à manger, et ça suffisait pour l’instant. Après tout ils pourraient toujours repartir plus tard, avec des provisions, hein ? Ils l’ont appelée Eyland. "L’île". Parce qu’elle avait rien de bien extraordinaire. Pas immense, pas plus verte qu’une autre, pas vraiment rocheuse, aucune plante exceptionnelle. Une île, quoi. Ils se sont installés, ils ont commencé à construire leurs maisons, les grandes maisons communes des colons le temps d’avoir mieux, un peu comme celles du clan de la Nuit – pour ceux qui voient.

Quelques guerriers voient visiblement très bien ce dont il est question, d’autres hochent la tête avec moins de conviction. Le jeune scalde pour sa part n’a qu’entendu parler des maisons communes du clan guerrier, mais il n’en est qu’au début de ses pérégrinations et il compte bien faire escale chez ceux qui sont aussi les meilleurs joueurs de flûte de l’île. Nul doute qu’il a beaucoup à apprendre de leur adresse et des exploits de leurs héros.

- Et au bout de quoi, trois jours ? Quatre ? Des choses ont commencé à disparaître. Ouais. Des outils. On s’en foutait un peu, on a cogné quelques types histoire de dire. Pensez-vous, des outils en métal c’était rien à l’époque, du métal on en trouvait partout dans l’ancien monde, suffisait de se baisser.

Le jeune homme ne lève pas les yeux au ciel, mais tout juste. Voilà bien longtemps que ceux qui ont connu l'ancien monde ont rejoint leurs ancêtres et n'abordent plus le sujet, laissant libre cours à l'imagination de leurs descendants. Le métal n'a jamais traîné par terre, prêt à être cueilli comme les herbes médicinales. A ce rythme, d'ici quelques générations les gens devraient assurer que les outils surgissaient du sol déjà forgés… quand on voit à quel point la réalité a été déformée en deux cent cinquante-quatre ans l'hypothèse ne semble pas si saugrenue.

- Puis c’est des armes qui ont disparu, et là on a commencé à se poser des questions et à chercher. Parce que les outils ça se refait, mais les armes on en avait besoin pour chasser et peut-être aussi se défendre, on savait pas vraiment si c’était habité et par qui. Puis ça a été l'invasion. Des hordes de ces petites pestes ont déferlé sur Tryggvi, emportant le moindre bout de métal sans chercher à se cacher. Le nombre les rendait forts… Là ça a été la panique. La vraie. Ils ont tué des gens, plein, ils se sont entre-tués aussi pour le métal. Et ils sont partis, aussi vite qu'ils étaient arrivés. Alors les gens ont voulu repartir, vous pensez bien, malgré les serpents et les courants qui avaient poussé les navires vers la côte. Mais y avait plus un bout de métal dans tout le chantier, dans tous les abris, dans tout ce qu’ils appelaient déjà Tryggvi. Pas ça.

L’homme racle un chicot noir du bout de l’ongle. Un instant le jeune homme craint de le voir sauter de sa bouche et filer vers lui, mais la dent tient bon. Il n'a rien à reprendre, pour une fois. La première rencontre des colons avec les dragons-fées a été pour le moins violente.

- Même dans les bateaux y avait plus de métal. Plus un clou. Ils sont tombés en morceaux sur place. Et c’est là qu’ils ont compris qu’ils étaient dans la m…

Quelqu’un qui tousse un peu plus loin couvre le dernier mot du vieux barbu, mais n’empêche personne de le deviner.

- Plus de métal, c’était la mort assurée. La moindre bestiole devenait dangereuse. Et pour manger ? Et pour labourer les premières terres ? Et surtout… qu'étaient ces choses qui avaient volé le métal ? Les esprits du lieu, hostiles aux nouveaux arrivants ? Loki le farceur qui s’amusait du malheur des hommes ? Des envoyés des dieux qui voulaient pousser les survivants à se dépasser et pourquoi pas à dominer les autres hommes ? Ca c’est ce qu’ont pensé certains. Ils sont partis vers les montagnes, avec leurs sacs et leurs arcs, les seules choses utiles qu’avaient pas disparu. Quelque part ils avaient sûrement pas tort, vu qu’ils sont arrivés dans le coin le plus fertile de l’île et que la moitié des fruits qu’on mange aujourd’hui vient du clan du Vent. Les autres, enfin ceux qui nourrissaient pas tout le monde, ils sont partis chercher du métal. Certains au sud, dans la forêt, d’autres au nord dans la neige. Au nord ils ont trouvé quelques filons enfouis sous la neige, mais on a perdu contact avec ceux du sud. Les artisans et les mineurs sont partis où était la ressource, donc au nord, refaire des outils et des armes, et cette fois-ci ils étaient prêts. Pas l'ombre d'un dragon-fée en vue. C'est des gros lézards après tout hein, ça aime pas le froid.

Le scalde blond se demande quand le barbu va parler des anciens clans, ceux qui sont arrivés sur l'île brisés, presque anéantis pour certains. Il se demande s'il va parler des tensions, des difficultés à se mettre d'accord sur la nécessité d'adopter un ordre nouveau au moins le temps de repartir, sur les nouveaux clans qui se sont créés presque par défaut en fin de compte, parce que les restes épars de plusieurs des anciens clans s'étaient retrouvés au même endroit pour les mêmes raisons ou presque. Parlera-t-il des clans qui ont ainsi éclaté parce que leurs artisans étaient partis au Nord, et leurs éleveurs dans les plaines, poussés par les nécessités de la survie ? Sans doute jamais.

- Les meilleurs guerriers et tous ceux qui voulaient exterminer les pestes sont allés se rassembler sur le plateau de la Nuit, les bergers et les bouviers sont allés dans les plaines, et les navigateurs, les vieux, et tous ceux qui n'avaient de place nulle part ailleurs sont restés à Tryggvi. Et c'est comme ça que les clans qu'on connaît aujourd'hui sont nés. On a à nouveau entendu parler de ceux du Sud quelques années plus tard. Ils étaient devenus complètement mabouls, avec leurs histoires de dieu dragon… et leur soif de métal. Enfin, pas comme si on pouvait les éradiquer hein. Les chasseurs et les guerriers ont exploré tout le nord de l'île, mais pour le sud c'était compliqué. C'était loin, déjà, puis entre les montagnes, les rapides et l'épidémie qu'ils ont attrapée, comme ce qui avait tué les vaches là-bas sur l'ancien monde… c'était ya bien une centaine d'années maintenant.

Quatre-vingt-trois, corrigea mentalement le jeune homme après un bref calcul. L'idée y était. Personne n'avait plus osé quitter les sentiers battus pendant des décennies, de crainte que les esprits les rejettent définitivement et les obligent à reprendre la mer. Certains l'avaient fait d'ailleurs, on avait retrouvé quelques planches déchiquetées sur le rivage. Peut-être certains avaient-ils réussi à passer. Pendant plusieurs années ce n'avait plus été qu'offrandes multiples aux landvaettirs pour s'attirer sinon leur protection, du moins leur neutralité. Le plus souvent, ils avaient pourtant assuré n'y être pour rien, sans doute était-ce un de leurs lointains cousins du sud qui avait ainsi repoussé les intrus..

- Les navigateurs du clan de l'Eau ont pu faire le tour de l'île, mais pas installer de colonie ou aller très loin dans les terres, trop peu nombreux toujours, et puis la peur de la maladie, vous savez ce que c'est. Puis les marins c'est pas des terriens. Pas pu s'éloigner non plus, à cause des courants et des serpents. Enfin. Maintenant y a des gens qui pensent à retourner explorer, par terre ou par mer. Moi c'que j'en dis, c'est qu'il faudrait demander aux landvaettir avant de rentrer chez eux, si quelqu'un a trouvé comment faire…

Il ne laisse le temps à personne de répondre, tape du poing sur la table et rugit à la cantonnade :

- Allez, l'histoire est finie, et demain c'est la foire qui commence ! »

Un hurlement d'approbation s'élève dans la salle commune et les conversations reprennent. Le jeune homme réfléchit quelques instants à l'histoire et à ce qu'il peut retirer de l'enchaînement des choses pour améliorer son art et ses propres prestations, car il faut tirer profit de toute chose, bonne ou mauvaise, et va se coucher quelques minutes plus tard. Demain c'est la foire, et même si sa bourse est creuse il a bien des choses à voir, à retenir et à chanter.


* Extrait de la Völuspa, traduction trouvée sur Songerune
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