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 [Quête] Le Sang de la Terre

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La Völva


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MessageSujet: [Quête] Le Sang de la Terre   Sam 14 Mai - 11:20

    Trois chemins mènent à ce bout de terre désolée. Trois chemins que vous avez pris chacune, sans trop savoir pourquoi, alors que le vent semble toujours porter les éclats joyeux de la foire au loin. Autour de vous, et ce depuis quelques temps déjà, un paysage de désolation s'offre à vous. Sous les herbes grises pointent des cailloux étranges dans cette terre qui ne devrait pourtant pas sembler si sablonneuse. Les buissons, presque tous décorés d'épines, tendent des branches étriquées et même les arbres vous semblent triste. Au loin, vous pouvez entendre le choc de l'eau sur des récifs et une odeur iodée et nauséabonde vous prend au nez, comme émanant tout droit du croisement entre un delta sous le soleil de l'été et un marécage au cœur de l'automne.

    Chacune sur votre chemin, vous apercevez une ombre à votre droite. Décidément féminine, elle suit la même route que vous, comme si elle se rendait au même endroit depuis la même origine et pour le même motif. Comme vous, elle marche en regardant le paysage, un peu d'agitation visible sur sa silhouette frêle. Celle à droite de Siobhàn est plutôt petite et ses longs cheveux paraissent entrecoupés de breloques vives. Une ombre de cheval semble jouer entre ses jambes, semblant la porter plus vite que de raison. Celle à droite de Dagheidr possède une tignasse à faire pâlir d'envie un soleil couchant et pleine de plumes, une ombre d'ailes se dessine derrière la silhouette comme pour montrer une femme oiseau. Celle à droite d'Aslaug est une femme haute, fine et fière aux reflets boisés et dont l'ombre semble sillonnée de reflets de lianes en fleurs. Aussi curieuses que vous soyez, vous ne pouvez pas vous approcher, le chemin semblant toujours vous rattraper et vous mener à destination.

    Il fait jour lorsque les trois chemins se rejoignent enfin en une clairière désolée. Devant vous, à perte de vue, la Plaine moribonde, avec la même terre sablonneuse et salée. Quelques buissons et arbres semblent tenter vainement de donner un peu de vie à cet endroit. Devant, un ruisseau courant à l'eau noire croit refléter le ciel nocturne alors que le soleil est quelque part entre le zénith et le crépuscule, caché derrière des nuages argentés qui, eux aussi, semblent malheureux. Il y a une odeur de pluie dans l'air. Une goutte tombe, puis une seconde, et bientôt toutes suivent en une musique curieuse. C'est Siobhan qui arrive la première, suivie par Aslaug puis Dagheidr. Si vous vous retournez, vous pouvez constater que les chemins vous ayant menés de la Foire à cet endroit ont disparus, de même que les silhouettes étranges à votre droite. Vous ne savez pas vraiment comment vous vous êtes retrouvées ici, ni combien de temps s'est passé depuis que vous aviez pris chacune la route pour rentrer chez vous à la fin de ce jour de foire. Vous n'avez pas faim, pas encore. Vous n'avez pas soif. Sur vous, vous ne trouvez que les affaires que vous aviez en empruntant le chemin. Mais, si vous cherchez bien, si vous regardez attentivement, vous pourrez voir des offrandes de gâteaux au miel et autres délicatesses posées au pieds des rochers et au centre des croisements. Aucune voix ne vient vous parler dans le vent et même l'eau semble se taire. Le silence est oppressant et vous avez la nette impression d'être les trois seuls êtres vivants à des lieux à la ronde. Aucun rêve ne vous a préparé à ce jour. Rien ne semble expliquer pourquoi vous vous retrouvez, toutes les trois, dans ce lieu désolé qui semble hors du temps, hors de l'espace, hors de la réalité.


    [HJ : Pour le moment, nous vous laissons faire connaissance et commencer votre enquête. Nous interviendrons quand nous jugerons le moment imparti, probablement sans prévenir. Il est également possible que nous vous communiquions des informations par MP. L'ordre de passage est : Siobhan, Aslaug, Dagheidr. Bon jeu ! ]
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Siobhán Ragnvald


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MessageSujet: Re: [Quête] Le Sang de la Terre   Ven 3 Juin - 20:21

De la brume. Simple de la brume, à l’infini, comme un matin qui refuse de céder sa place au jour. La brume englobe tout, laissant à peine passer la lumière ou les sons. D’ailleurs, tout est si silencieux. Incroyablement silencieux. Siobhan sent qu’elle ne pourrait pas bouger, mais ne le souhaite pas. Elle est paisible, empreinte d’une grande tranquillité. Elle se sent légère aussi, et ne sait pas si ses yeux sont ouverts ou fermés. Cette brume est réelle ou un simple produit de son esprit ?

Elle rêve certainement. Dans ce silence apaisant, des paroles lui viennent en tête et la rouquine se met à fredonner tout bas. Des paroles bien connues, chantées par d’autres pour elle alors qu’elle n’était qu’une gamine, puis reprise par sa propre voix des années plus tard.

    « J’entends ta vois dans le vent,
    Et je t’entends dire mon nom.
    Écoute, mon enfant, tu m’as dit
    Je suis la voix de ton histoire.
    Ne soit pas effrayé, viens suis-moi.
    Réponds à mon appel, et je te libèrerais. »


Une brusque secousse de sa charrette la fait sursauter et elle inspire une grande gorgée d’air humide en ouvrant les yeux. Alors que les dernières notes de sa voix se perdent dans l’air, Siobhan s’aperçoit que la brume de son rêve n’est pas entièrement irréelle, malgré que le jour soit bien entamé. L’air est épais, nauséabond et lourd, comme celui d’un marécage. La pluie s’annonce, des goutteux commencent à tomber. Est-elle toujours dans les plaines de son Clan ? Elle n’a pourtant pas dû dormir aussi longtemps, non ?

Un bref regard autour d’elle ne l’aide pas à s’orienter de prime abord, tout ce qui s’offrant à sa vue n’est que désolation. Terre sèche et sablonneuse, arbres mourants et herbe rêche. Cela ne ressemble à aucune terre qu’elle connait. Pourtant, le bruit familier des vagues contre les récifs au loin, ainsi que la silhouette floue des montagnes au sud ne ment pas sur sa localisation. Elle est toujours dans les plaines.

Sio’ se redresse en fronçant les sourcils, puis tire un peu sur les rênes des deux chevaux trans sa charrette. Ceux-ci ralentissent le pas. Quelque chose cloche ici. Ses idées se font plus claires, à mesure que le sommeil la quitte définitivement, et elle se souvient alors s’être mise en route peu après midi, en direction des terres du Clan du Vent. Elle avait fait prendre un détour à sa charrette, question de passer vers un coin de la plaine ou elle sait qu’a cette période de l’année les Calendulas poussent en masse afin de refaire son stock, mais ensuite, plus rien. Elle avait dû tomber endormie et somnoler sur le chemin depuis.

Son chariot débouche finalement sur une éclaircie. La clairière est encore plus désolée que le sentier, tel un point culminant. Siobhan arrête la charrette, la laissant à l’orée de la clairière – hésitant pour une raison qu’elle ignore à y faire marcher ses cheveux – puis pose pied-à-terre. L’ambiance est étrange. Kaän dresse la tête avec un petit gémissement. Le chien noir et blanc s’était lui aussi assoupi à côté d’elle, sur le banc de la charrette. Elle lui fait un petit signe de la main et ce dernier se redresse, s’étire tel un chat et baille à s’en décrocher la mâchoire avant de la rejoindre.

S’avançant dans la clairière, Siobhan observe les plantes défraichies ou mourantes avec perplexité. L’odeur nauséabonde lui fait pincer les lèvres, elle qui pourtant est habituée à travailler avec toutes sortes d’immondices et ne lève même pas le nez dans les pires conditions sanitaires. Elle se penche, prend une poignée de terre dans sa main, et constate qu’elle relève plus de la poussière que de la bonne terre vigoureuse des plaines. D’étranges rochers pointent leurs arrêtes de sous cette terre et Siobhan lance un regard à la ronde pour constater qu’il en sort de partout.

Elle aperçoit alors un grand rocher ainsi qu’un vieux et énorme tronc couché, une dizaine de mètres devant elle, près d’un ruisseau aux eaux noires. Elle reconnait alors enfin l’endroit et se redresse en jurant. Cette clairière est l’un des endroits où elle vient cueillir des Calendulas. Néanmoins, à part si les touffes d’herbes séchées ici et là en sont les vestiges, aucune trace des fleurs orangées. Elle se redresse vivement, agacée, les calendulas sont précieux de par leur grande polyvalence, et encore plus dubitative que précédemment.

    « Bordel… Par Idunn, qu’est-ce qui se passe ici ? »


Des bruits de pas se font alors entendre dans son dos et Siobhan se retourne d’un bloc, portant instinctivement la main vers le petit poignard – qui tient plus de l’outil que de l’arme – à sa ceinture. Bien qu’elle n’ait aucune formation guerrière, c’est toujours mieux que rien. Sur ses gardes, elle lance sur un ton froid et fier qu’elle espère suffisant pour faire comprendre à qui que ce soit que s’en prendre à elle est une mauvaise idée :

    « Qui est là ? »


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Aslaug Mìrskytar


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MessageSujet: Re: [Quête] Le Sang de la Terre   Ven 10 Juin - 13:44

Elle s'était éloignée du fracas de la Foire et de ses devoirs. Oh, pas sans prévenir, bien sûr, mais sans non plus réellement demander la permission. Elle avait harnaché sa jument et filé - sans réelle direction, sans autre raison que l'envie du vent dans ses cheveux et de la course sur la plaine. Poursuivre l'ombre d'un aigle l'avait menée ici, entre les buissons de ronces, les épines miséreuses et les relents de marécages. Tous les signaux semblaient crier que la vie n'était pas la bienvenue ici. Pas avec ces fumerolles nauséabondes rôdant sur une terre salée, pas avec les quelques plantes perdant la bataille contre la désolation.

Aslaug s'engagea tout de même sur le sentier. Sa petite jument mouchetée broncha mais obtempéra, des écharpes de brume accrochées autour de ses jambes comme des fanions spectraux. Droite sur sa selle, la cavalière scruta du regard les environs, en quête d'un indice, d'une explication. Les Plaines, à l'image du peuple qui les parcourait, étaient généreuses encore que mobiles à leur façon. Les animaux y transportaient involontairement graines et pollens, traçant au fil de leur route des filins de fleurs et de plantes. Troupeaux et oiseaux sillonnaient les lieux transfigurés par les saisons, où l'on trouvait toujours une ressource pour peu que l'on sache où chercher - moissons en été, noisettes, raisin et champignons en automne, racines diverses en hiver... C'était en revanche la première fois que la jeune guerrière voyait pousser en ces lieux plus de roc que de plantes.

Alors qu'elle progressait, une silhouette attira son attention - une forme longue et élégante de femme parvenant à donner l'impression de fleurir au sein de cette désolation. Les sourcils de la rousse s'infléchirent brièvement. Elle aurait juré que l'ombre voyageuse n'était pas là quand elle avait entamé son chemin, alors même qu'elle donnait l'impression de venir de la Foire par le même chemin. Elle pressa des jambes les flancs de sa monture pour tenter d'approcher la silhouette évanescente. La jument se lança dans un petit trot vif, oreilles pointées en avant. L'ombre, sans sembler se presser, ne se rapprocha pas pour autant. Aslaug fit ralentir son destrier.

Déjà, presque sans laisser à la rouquine le temps de le réaliser, une éclaircie se découpait au sein d'un silence de mort. La guerrière pinça les lèvres, soucieuse. Le passage vers le royaume d'Hel ressemblait certainement à cela : une lande de sable et de terre, un ruisseau de ténèbres liquides irriguant des rocs comme des lames émoussées de pluie, sans un souffle de vent ou un murmure de feuilles. Tâches de couleur fânées, des offrandes attirèrent l'oeil bleu royal de la demoiselle alors qu'elle s'avançait - puis la chariole devant, et une forme toute aussi couronnée de roux qu'elle-même, farouche et prête à se défendre. La combattante leva une main apaisante.

"Je suis Aslaug Mìrskytar, du Clan du Vent. Je ne vous veux aucun mal."

Pour appuyer ses propos, la lance et la lame d'ivoire restèrent sagement dans leurs étuis - l'une à sa selle, l'autre à sa ceinture. L'inconnue ne lui semblait pas particulièrement agressive, tout au plus prête à faire face à toute mésaventure que les lieux auraient pu vomir - et tant bien même elle l'aurait été, la tunique de cuir solide qu'elle portait et le bouclier accroché dans son dos, accessible rapidement, auraient probablement suffi à faire face. Elle espérait cependant ne pas en arriver là : l'état alentour l'inquiétait autrement plus, et trouver une solution, si tant est qu'il y en ait une, s'imposait.

Repoussant une mèche tressée d'amulettes cliquetantes derrière son oreille, la fille du Vent laissa à sa monture une longueur de rênes suffisante pour étendre le cou vers ses compatriotes équins. La route qui l'avait menée ici s'arrêtait. Ou disparaissait, très précisément, comme si elle n'avait jamais existé. Aslaug aurait eu toutes les peines du monde à dire même de quelle direction elle venait. Pour l'instant, cependant, elle ne s'en souciait guère. Pieuse comme tous les siens, la combattante supposa que, quelle que soit la force qui l'avait guidée en ces lieux, c'était à dessein.

"Êtes-vous familière des lieux ?"

Elle ne demanda pas s'ils avaient toujours été ainsi. Ils ne pouvaient l'avoir été - pas si elles-mêmes étaient encore de ce monde.

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Dagheidr Dalgaard


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MessageSujet: Re: [Quête] Le Sang de la Terre   Dim 26 Juin - 22:42

Bien qu'elle ne soit pas un être d'impulsions, enfin pas toujours et pas complètement, Dagheidr a cédé à celle de s'éloigner de la Foire. Elle avait envie d'être un peu seule, sans personne pour lui parler, sans cris ni bruits autour d'elle. Les grands rassemblements ont parfois cet effet sur la fille des grands espaces. Seule au point de ne même pas avoir emmené sa monture avec elle, la jeune femme a néanmoins pris son arc et son carquois, réflexe de survie automatique pour toute personne isolée.

La voilà qui marche, marche, toujours plus loin de la Foire, de son animation, de son tumulte, de la vie qui y bat à chaque instant d'un pouls impérieux. La vie l'y prend parfois, l'emporte dans ses flots, lui fait sentir son insignifiance dans le monde, l'oppresse. Elle a beau marcher pourtant, marcher et marcher encore, l'oppression n'est qu'à peine moindre, mais elle n'a jamais été aussi seule. Pas comme lors du Rituel où le monde chantait en choeur avec les étoiles et où il suffisait d'écouter pour entendre, non. Ici le monde se tait, l'herbe fane, les buissons se recroquevillent, et la terre n'est qu'un sable sans vie. Ce n'est pas cette solitude qu'elle voulait.

Elle avance toujours pourtant, sans même vraiment envisager le retour en arrière, ou juste comme ça, comme une pensée perdue dans le tourbillon des autres, qui fait juste assez sens pour être sentie mais impuissante à arrêter le flot de rien qui la fait avancer dans la brume, sur un chemin qu'elle ne connaît pas et qui ne rend aucun son. C'est ce silence à présent qui l'oppresse, et qui occupe la part consciente de son esprit, celle qui n'est pas occupée à marcher sur le sol inerte, en suivant le chemin qui va toujours tout droit.

Soudain la brume se dissipe et avec elle la torpeur qui envahissait son esprit. Dagheidr se fige et cligne des yeux, surprise. Elle avait oublié qu'elle pouvait penser à autre chose qu'au silence. Elle regarde autour d'elle... rien. Aucun chemin en vue, la terre est toujours aussi malade autour d'elle, les plantes mortes ou presque, et aucun oiseau ne siffle. Il n'y a même pas de vent. C'est peut-être le pire. Son coeur bat la chamade. La jeune femme regarde autour d'elle, puis ses mains, et les claque sèchement. Un TAP assourdi retentit. Il y a comme quelque chose dans l'air qui étouffe les sons. Est-ce qu'en avançant un peu..?

Alors Dagheidr empoigne son arc, encoche une flèche, et marche, à pas prudents. Elle a bien conscience que rien ne peut se cacher dans cet endroit sans vie, du moins rien sans doute qui soit vulnérable à ses flèches, mais le bois dans ses mains la rassure. L'idée de faire demi-tour est toujours là, toujours diffuse. Comment faire demi-tour sans vent et sans soleil ? La jeune femme est nerveuse. Cet endroit ne devrait pas exister. Il ne devrait pas être là. Pas comme ça. Même le monde des morts ne peut être aussi stérile. Un monde qui ne chante pas est tout simplement inconcevable.

Il lui semble marcher encore un moment, mais comment savoir ? Enfin, un son lui parvient. Elle se fige, tend l'oreille. Des voix. Elle n'est pas seule. Dagheidr se dirige vers les bruits, ses pieds ne faisant presque aucun bruit sur le sol surnaturel. La brume s'illumine de brun, puis d'un orangé qui devient franchement roux. Une tête, des cheveux. Aslaug ? La petite brune se redresse lentement, détend ses doigts. Un peu. Le temps de voir le visage.

"Siobhàn ?"

Les questions se bousculent. Pourquoi elle ? Pourquoi ici ? Quelque part un visage connu est rassurant, mais est-ce bien Sio ?

"A qui est-ce que tu..? Aslaug !"

Une deuxième rouquine est là, connue elle aussi. La petite brune est soulagée, et pourtant elle se refuse à croire que la présence des deux rousses est bien naturelle. Rien n'est naturel ici, alors pourquoi ses amies le seraient-elles ?

"Cet endroit n'a jamais existé si près de Brunnr. Je l'aurais vu, je l'aurais su. Où sommes-nous ? Êtes-vous bien celles que vous semblez être ?"

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Siobhán Ragnvald


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MessageSujet: Re: [Quête] Le Sang de la Terre   Lun 4 Juil - 17:14

    « Je suis Aslaug Mìrskytar, du Clan du Vent. Je ne vous veux aucun mal. »


Siobhàn hésite une seconde supplémentaire, lèvres pincées, à jauger la nouvelle venue, puis cédant à la sincérité dans les yeux de la jeune femme, lâche le manche de son couteau.

    « Siobhàn Ragnvàld, Clan des Plaines. He bien, Aslaug, ce n’est pas que je ne suis pas enchanté, mais cet endroit n’est définitivement pas des plus appropriés pour faire connaissance. »


La rouquine fronce les sourcils, ayant retourné son attention sur le paysage désolé, presque hors de ce monde, autour d’eux.

    « Êtes-vous familière des lieux ? »


Sio’ pose les mains sur ses hanches et inspire un bon coup, la barre soucieuse toujours présente sur son front.

    « Je suis du Clan de la Plaine, j’en connais les terres par cœur, mais ce lieu… »

    « Siobhàn ? »


L’herboriste sursaute en se retournant d’un bloc, ses boucles rousses et folles volant autour d’elle en soulevant de petits nuages de brume, alors même que Kaàn se colle un peu plus à ses jambes. Le chien noir et blanc, aussi courageux qu’une marmotte face à un dragon cracheur de feu, s’est caché derrière la jeune femme dès l’arrivée d’Aslaug, et la perspective d’un nouvel étranger dans ce lieu malsain ne semble définitivement pas le réjouir. Sio’, quant à elle est pourtant agréablement surprise.

    « Dagheidr, par Idunn, n’apparait pas comme ça dans le dos des gens, j’ai manqué de peu d’envoyer Kaän te bouffer les mollets! »


Possibilité bien plus fantaisiste que réaliste, surtout que Dagheidr connait bien le cabot qui lui sert de meilleur ami. S’il adore Sio’, le chien n’attaquerait même pas un écureuil à sa demande. Le famélique, mais charmant animal n’est dangereux que pour une seule et unique chose, soit n’importe quel morceau de nourriture laissé sans surveillance. Adorable chapardeur poilu, va!

    « À qui est-ce que tu..? Aslaug ! »


Siobhàn hausse un sourcil intrigué vers Aslaug, lève les mains vers le ciel avec un petit mouvement d’agacement, et lance inévitablement une petite réplique sarcastique alors que son amie aux jolies boucles brunes s’approche d’elles.

    « Si les Dieux jouent aux joyeuses retrouvailles, disons que je remets fortement en doute leurs goûts en matière de choix de décors! »

    « Cet endroit n'a jamais existé si près de Brunnr. Je l'aurais vu, je l'aurais su. Où sommes-nous ? Êtes-vous bien celles que vous semblez être ? »


Siobhan fait une moue en penchant la tête de côté, demi-exaspérée, demi-amusée.

    « Ma chérie, si j’étais un esprit, crois-moi, j’aurais au moins effacé cette maudite cicatrice de mon visage, tu ne crois pas? »


La rouquine pointe la cicatrice partant de sous son œil droit pour traverser l’arc de son nez et poursuivre sa course sur sa joue gauche. Si elle l’aborde avec dignité, n’hésitant pas non plus pour la mettre en avant afin de nourrir l’aura de mystère autour de sa personne – Siobhàn adore la théâtralité et se jouer des gens – elle n’est tout de même pas heureuse de l’avoir. Cette cicatrice lui rappelle tous les jours ce qu’elle a perdu et qui lui déchirera probablement le cœur jusqu’à la fin de ses jours. On ne perd pas un enfant pour s’en sortir indemne. Ce genre de blessures, plus certainement encore que le souvenir de l’agression ayant provoquée sa fausse couche qui est gravée dans sa peau, marque à jamais et ne guérit pas.

Siobhàn s’est relevé, après cette épreuve. Elle a continué d’avancer, s’est enveloppée dans cette coquille de sarcasme, d’indifférence et de déférence plutôt que de se laisser abattre. Elle a survécu à la perte, mais elle ne sera plus jamais la même. Et toujours, chaque jour de sa vie, elle pense à cet enfant qu’elle n’aura même pas pu nommer.

L’herboriste se détourne, avance de deux pas jusqu’à une petite touffe d’herbe séchée au sol, s’accroupit devant et poursuit, à l’intention de son amie, sur le ton le plus sérieux qui soit :

    « Mais si cela peut te rassurer, voici trois choses qui te prouveront que je suis bien moi-même : premièrement, je t’adore, même si tu sais très bien que je trouve ridicule l’idée de te marier avec ce type du Nord que tu ne connais même pas. Et non, l’alliance diplomatique n’est pas une raison suffisante, par Idunn! Aucune raison n’est suffisante pour accepter de devenir un meuble de plus à exposer à la galerie dans la maison d’un homme, mais bon… je t’accorde que je sois biaisée sur la question. »


Sans regarder les deux autres jeunes femmes, Sio’ arrache une tige morte et la retourne entre ses doigts pour tenter d’en identifier la sorte.

    « Deuxièmement, je plains la femme qui épousera ton frère. Passer dans son lit après moi, c’est ce qui s’appellera un défi pour elle. »


Si une chose définit bien Siobhàn, outre son petit manque d’humilité, c’est son manque de pudeur ou de considération pour ce que la société considère de convenable à faire et à dire pour une femme. Qu’un homme parle de sa nuit de la veille avec une femme, entouré de ses amis, est considéré normal. Siobhàn ne voit absolument pas pourquoi elle ne pourrait pas en faire autant, et tant par plaisir que par amusement de choquer les gens autour d’elle, elle n’en rate pas une pour outré et faire rougir les oreilles des chastes personnes qui voudraient la voir suivre le troupeau comme une bonne petite brebis. Le problème, c’est que Siobhan n’est pas une brebis, c’est une vipère.

    « Finalement, si j’étais un fantôme, je n’en aurais rien à faire que cet endroit soit dans un état pareil. Mais comme je suis bien réelle, et que ma foutue réserve de Calendulas est presque à sec… »


Elle se relève, le bout d’herbe séché entre les doigts :

    « … tomber sur ça est aussi frustrant que le jour où j’ai dû me retenir de laisser ma mule piétiner à mort un certain haut dirigeant du Clan de l’Eau qui avait dénigré mes talents de guérisseuse. »


Elle lance un bref sourire en coin à son amie pour la rassurer, mais malgré cela et ses paroles emplies d’un humour pince-sans-rire, elle ne se sent pas d’humeur à rire. L’air est trop lourd, étouffant. Il la rend mal à l’aise, comme si elle ne devrait pas être ici.

    « Quoi qu’il en soit, ce qui se passe ici n’est pas normal. Je connais, ou du moins connaissait cet endroit, j’y venais cueillir des plantes médicinales pour mes réserves. Il devrait y pousser une multitude de fleurs et de plantes diverses à cette période de l’année. »


Soucieuse, elle lance un regard alentour, incapable de lâcher bien longtemps le paysage des yeux, comme si elle craignait qu’entre les buissons aux branches dégarnies ou émergeant de la brume, quelque chose de mauvais en sorte pour les attaquer.

    « Idunn est la vie, et même dans la mort, elle y met une beauté et un sens. Ici… la mort me semble un terme trop faible pour décrire ce qui se passe. Et il n’y a certainement aucune beauté là-dedans. Je ne comprends pas. »

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MessageSujet: Re: [Quête] Le Sang de la Terre   Mar 16 Aoû - 21:27

Spoiler:
 



La rousse en face abaissa son arme, se présenta. Une fille des Plaines. L'annonce n'était guère surprenante : le dernier souvenir localisé d'Aslaug se trouvait au sein du territoire de ce Clan, même si elle ne parvenait pas à se convaincre que ce pan d'une réalité plus lugubre et onirique ait pu appartenir tout à fait à son monde. Préoccupée, la jeune guerrière laissa son regard errer sur les environs des fois qu'ils recèlent indices ou dangers. Elle aurait voulu avoir Escarbille. Le dragon-fée, quoi qu'en dise le reste du monde, se montrait bien utile pour repérer les lieux et surveiller ses arrières. Sans lui, la méfiance s'installait plus facilement sur son épaule à la place de la petite créature écailleuse, murmurant à son oreille.

Une voix fit se retourner la jeune combattante, la main sur la poignée de son arme. Elle la lâcha cependant bien vite en reconnaissant sa complice de toujours. Après tout, si elle avait pu arriver ici depuis la Foire, Dagheidr le pouvait aussi. Elles partageait cette habitude d'errer et d'explorer y compris dans les lieux les plus improbables. Elle ne s'inquiéta donc pas et laissa la rousse des Plaines exposer ses arguments. La mention des fiançailles avec le chef du Clan du Nord amena un très discret sourire sur ses lèvres. Elle ne pouvait qu'apprécier les démonstrations de force de caractère et de franc-parler... même si le deuxième élément fit légèrement rosir la demoiselle. Clairement, son éducation ne l'avait pas préparée à parler devant une inconnue de questions intimes.

Bien moins loquace, la guerrière se contenta de relever sa crinière pour dévoiler la boucle qui ornait son oreille. Ouvragée par les soins de Dagheidr, elle savait pertinemment que le bijou n'avait pas de pair. Au cas où le doute persiste, cependant, elle ajouta une poignée de mots :

"J'ai promis de te prêter Escarbille pour mordre les orteils de ton promis s'il ne se comportait pas bien. Je sais que tu portes le pic à cheveux que je t'ai offert, avec les cristaux de cette grotte qu'on a trouvée, l'an dernier."

Elles avait peiné à sortir du labyrinthe de couloirs colorés de pierre, à force de vouloir explorer, de cela elle se souvenait. Pour l'instant, cependant, l'état des lieux constituait la préoccupation principale de la rouquine. Il devait y avoir quelque chose qu'elles puissent faire. Quelque chose qui soit en leur pouvoir. Pourquoi sinon auraient-elles été amenées ici par les Ases ? Ses iris royaux glissèrent sur les alentours qu'un début de pluie commençait à investir sans les rendre plus vivants.

Plus que le paysage de fin du monde, ce furent les offrandes délaissées qui retinrent son attention. D'un pas léger, elle s'en approcha, murmura une brève prière aux esprits des lieux. Siobhan avait raison : il y avait dans tout ce que faisaient les Dieux une harmonie, une beauté parfois terrible et douloureuse mais néanmoins juste, équilibrée. Rien de cela ne transparaissait ici.

"Peut-être parce que les Ases et les Esprits eux-mêmes se sont détournés de cet endroit ?"

Alors que les mots s'élevaient sur le crépitement de l'eau sur la roche, il lui sembla qu'elles étaient sur une face cachée du monde, une où le regard des puissances supérieures peinait à les trouver.

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Dagheidr Dalgaard


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MessageSujet: Re: [Quête] Le Sang de la Terre   Lun 12 Sep - 15:15

Les réactions des deux rousses et leurs réponses réconfortent quelque peu Dagheidr, dont l'attitude perd un peu de sa tension. Elle pique un fard à la remarque de Siobhàn sur sa future belle-soeur, un sourire complice lui échappe à la mention par Aslaug de la grotte aux cristaux qu'elles avaient explorées jadis, et à son tour elle se fait reconnaître.

"La grotte aux cristaux à trois heures de galop d'ici ? C'était une de nos plus longues expéditions oui. J'avais mis au moins dix minutes avant de me lancer pour passer ce goulot, tu te souviens ? Tu sais que les endroits étroits et moi... pourtant la salle de l'autre côté était la plus belle de tout ce qu'on avait exploré. Et Siobhàn, la brebis dont tu avais soigné l'antérieur infecté l'année dernière grâce à ces fameuses calendulas, tu sais, celle qui avait la tête tachetée et, je cite, "l'air d'une tête de pioche même pour un mouton" ? Elle a agnelé cette année, tout s'est très bien passé."

Bien sûr, ni Aslaug ni Siobhàn n'ont rien réclamé, mais elle se sent obligée de prouver qu'elle est bien Dagheidr Dalgaard, fille d'Arndis Dalgaard, bientôt Dame du Nord, et surtout leur amie commune.

La plus jeune des deux rousses s'éloigne, et la jeune femme la suit du regard. Qu'a-t-elle aperçu pour justifier un mouvement qui lui semble soudain si périlleux ?

"Peut-être devrions-nous rester ensemble, je ne suis pas sûre de pouvoir vous retrouver si nous nous éloignons trop."

Joignant le geste à la parole, la petite brune adresse un signe à l'herboriste pour l'inciter à la suivre, et emboîte le pas à Aslaug qui a repéré les offrandes laissées au sol. Elle baisse la tête en silence pendant la prière d'Aslaug, fixant la nourriture gâtée et le collier de corne ternie.

"Pour les Ases je ne saurais pas dire. Honnêtement. Dans certaines histoires un landvaettir quitte sa terre, mais il y a toujours une raison... une construction sur les lieux, une demande des hommes qui ont besoin de sa protection ailleurs... mais que je sache rien de tel n'a eu lieu par ici, pas du fait des nôtres en tout cas." murmure-t-elle en réponse à la guerrière.

Peut-être un des participants à la Foire a-t-il commis une bévue ou un acte de malveillance alors... mais qui ? Pourquoi ? Et quel clan serait assez fou pour risquer l'ire des esprits qui habitent et sont l'essence même de chaque lieu au monde ? Elle pense au Dragon évidemment, mais l'idée ne la convainc pas. Le Clan des Plaines est l'un des rares à n'avoir aucun grief contre les adorateurs d'Illuin, quel serait l'intérêt pour eux d'irriter les esprits des terres de leurs hôtes ? Elle réalise qu'elle ne sait même pas s'ils vénèrent les esprits de leurs propres terres. Peut-être s'agirait-il d'une erreur alors, d'une erreur qui aurait indisposé l'esprit des lieux ?

"Siobhàn, toi qui voyages entre tous les clans et qui entends des récits de tous horizons, est-ce que tu saurais quelque chose à propos de ce phénomène ? De landvaettirs qui quittent leurs terres et de terres qui dépérissent ?" Elle hésite. "Les esprits ne laissent pas mourir un lieu sans raison. Quelqu'un a peut-être fait fuir celui-ci... ou l'a indisposé... volontairement ou non ?"

Elle scrute la brume lisse et sans vie comme à la recherche d'une réponse.

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MessageSujet: Re: [Quête] Le Sang de la Terre   Lun 10 Oct - 14:32

Les gouttes continuent de tomber, lourdes et espacées comme des masses d'eau qui éclatent dans la poussière, creusant de petits cratères plus sombres encore, collant la terre au sol, noircissant les pierres, froissant les épines sèches. Lorsqu'elles touchent le ruisseau, celui-ci semble s'écarter comme pour les accueillir en son sein. Sur votre peau, l'impact est sec, lourd et la sensation humide n'arrive qu'en second temps. Elle semble vous marquer d'une sorte de couche très fine et transparente, un peu comme l'huile lorsque vous la mettez dans l'eau. Sous l'action de l'averse qui semble bien déterminée à ne pas s'arrêter de si tôt, l'odeur change, se chargeant de souffre et de larmes. Une amertume émane des offrandes, se mêlant à d’écœurantes effluves sucrées. Il semble que l'on vous écoute mais vous ne sauriez dire d'où vous vient cette étrange sensation. Vous sentez l'approbation de l'air à l'annonce de vos anecdotes respectives et puis, soudain, un vent se lève, tourbillonnant à hauteur des genoux de Siobhan, des épaules de Dagheidr, jouant dans les cheveux d'Aslaug. Vous avez beau vous déplacer, les courants semblent vous suivre pour rester toujours au même niveau. Les animaux que vous avez amenés avec vous se taisent. Ils ne broutent pas, gardant la tête baissés. Les chevaux renâclent et soufflent. Le chien s'est roulé en boule sous un rocher et gémit un peu. Vous êtes les seuls bruits à l'horizon. Et l'horizon n'est que désolation. Plus aucun chemin ne semble se dégager. Rien que le rocher, l'arbre mort, le ruisseau, les buissons, les offrandes.

Le monde est dans le vent, cela vous semble rapidement assez clair. Le vent qui vous écoute, le vent qui fait tinter les plumes d'Aslaug quand celle-ci évoque un abandon des Ases et des Esprits. Quelque part tintent soudain des bruits clairs et il vous semble entendre comme les souvenirs de jeux d'enfant autour de vous, de ces pièges à vent qui font s'entrechoquer des cristaux et fuir les oiseaux gourmands des champs tout juste semés. Ils tournent, les bruits, comme l'air se met à tourner soudain plus vite, vous poussant l'une vers l'autre, montant le long de vos membres comme pour vous emprisonner. Il tourne, il tourne, il tourne fort et, alors que vous n'entendez plus que ces rires comme autant de pleurs, il tombe d'un coup. La pluie s'arrête. Les offrandes ont disparues et vous remarquez à la place une ébauche de sentier qui semble s'enfoncer dans la désolation. Plus de rires. Plus de vent. Vous avez retrouvé l'ambiance morne de vos débuts. Seul, un corbeau se perche sur l'arbre mort, à l'opposé du sentier. Il vous regarde, la tête penchée. Dans son bec, une brindille de buisson dont l'une des épines semble briller d'un rouge grenat. Autour d'une de ses pattes, une plante semble enroulée. La chair autour est gonflée et, si vous regardez plus attentivement, vous pouvez remarquer que le volatile ne semble pas s'appuyer dessus.

A nouveau, le temps se suspend. Le collier de corne défraîchi, lui, est toujours là mais a changé d'orientation, montrant ce que le soleil essaie de vous faire passer pour l'Est. Vos animaux ne bougeront pas. Vous ne pourrez jamais compter que sur vos pieds et vos propres esprits pour créer votre destin. Le vent semble indécis, comme curieux de ce que vous choisirez de faire. Plus encore qu'auparavant, vous vous sentez observées, jaugées.
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MessageSujet: Re: [Quête] Le Sang de la Terre   Dim 23 Oct - 16:45

La rouquine roule des yeux avec un sourire amusé alors que Dagheidr lui confirme à son tour son identité. Elle ne doutait pas de l’identité de son amie, la reconnaissant bien dans sa question d’ailleurs, mais ne peut qu’être heureuse de la croiser ici. Une alliée en qui elle a confiance, c’est déjà rare dans sa vie, et c’est littéralement un coup de chance en cet endroit.

« Bon, maintenant qu’on sait que nous ne sommes pas des singes-grenouilles dans des déguisements particulièrement ridicules, quelqu'un à une idée de ce qui se passe ici? »

Même dans un endroit et une situation aussi particulière, Siobhàn ne perd rien de son ironie nonchalante. C’est à croire qu’elle l’entrainera dans sa tombe en envoyant balader le monde entier de manière coloré avant de rendre son dernier souffle.

« Peut-être parce que les Ases et les Esprits eux-mêmes se sont détournés de cet endroit ? »

« Pour les Ases je ne saurais pas dire. Honnêtement. Dans certaines histoires un landvaettir quitte sa terre, mais il y a toujours une raison... une construction sur les lieux, une demande des hommes qui ont besoin de sa protection ailleurs... mais que je sache rien de tel n'a eu lieu par ici, pas du fait des nôtres en tout cas. »

Siobhàn examine avec les sourcils froncés les feuilles qui s’émiettent entre ses doigts. Elle écoute distraitement ce que les deux femmes disent, septique, mais de plus en plus perplexe. Elle tente également de chasser le mauvais pressentiment qui lui serre la poitrine. Elle aurait envie de sauter sur son charriot et de quitter ses lieux avec la conviction que rien de bon ne peut arriver ici. Elle s’afflige une claque mentale, se traitant d’idiote. Courir se cacher d’un mal invisible, dont elle n’a aucune preuve de l’existence, basée simplement sur un frisson désagréable? C’est loin d’être son genre. Elle a fait face à des choses plus terribles qu’un bout de terre stérile dans sa vie, à commencer par l’horrible ragout de bœuf que son dernier client a insisté pour lui offrir en récompense de ses services.

« Siobhàn, toi qui voyages entre tous les clans et qui entends des récits de tous horizons, est-ce que tu saurais quelque chose à propos de ce phénomène ? De landvaettirs qui quittent leurs terres et de terres qui dépérissent ? Les esprits ne laissent pas mourir un lieu sans raison. Quelqu'un a peut-être fait fuir celui-ci... ou l'a indisposé... volontairement ou non ? »

« Mmphm. Non, je n’ai jamais rien vu de tel. Des endroits désolés, détruits, asséchés, oui, mais rien qui ressemble à ce qui se passe ici. J’ai toujours cru que ce genre d’histoire au sujet des landvaetirs n’était que des légendes des grand-mères, mais je dois avouer que je ne vois aucune autre explication pour… tout ça. »

Siobhàn fronce un peu plus les sourcils et pousse un soupir de frustration en laissant retomber les bouts de feuilles mortes au sol. Elle déteste ne pas avoir de contrôle sur une situation et trop de choses ici lui échappent pour qu’elle se sente à l’aise, sans parler de l’aura définitivement négative du lieu. Elles n’ont rien d’autre que des suppositions basées sur de vieilles histoires pour expliquer tout cela, ce n’est pas assez. Et même si les landvaetirs ont réellement abandonné ce lieu, comment en être certain? Comment arranger la situation? Les offrandes n’ont définitivement pas aidé du tout. Car bien sûr, une telle plaie en plein cœur de la nature, c’est un affront à Idunn que Siobhàn ne peut consciemment laissée derrière elle sans rien faire.

Avec un petit mouvement exaspéré, Siobhàn baisse la tête vers Kaän qui roule autour de ses jambes en gémissant.

« Qu’est-ce qui te prend, toi? »

Elle n’a pas terminé sa phrase que la pluie se met à tomber avec plus d’insistance et le vent se lève. Siobhàn se fige sur place, le regard lever vers le ciel plus noir que gris, incapable pour une fois de cacher l’angoisse au fond de ses iris ambrés. La pluie laisse une impression horrible sur sa peau, à des lieux de la sensation qu’elle aime pourtant tellement d’une averse ordinaire. Le vent la fait frissonner de malaise, elle, fille de la plaine, pour qui le vent est une seconde nature. Le bruit que le vent, la pluie et les lieux font résonner à ses oreilles est si étranger qu’elle se demande un instant si elle n’est pas en train de rêver.

Un moment d’éternité semble passer, puis d’un coup, tout s’arrête. Vent, pluie et chant étrange à ses oreilles. Siobhan cligne des yeux, hébétée, et lance des regards autour d’elle comme si on venait de la réveiller brusquement. Elle est toujours dans la clairière désolée, mais tout n’est pas pareil. Les offrandes ont disparu et, le plus inquiétant, un sentier qu’elle n’avait pas remarqué auparavant semble s’être ouvert. Au bout, un corbeau à l’air étrange et blessé.

Siobhàn serre les poings pour calmer son angoisse montante puis s’aperçoit que Kaän a cessé de lui tourner anxieusement autour et s’est réfugié sous un rocher. Le museau sous la patte, il est plus immobile que jamais. Siobhàn l’appelle, une pointe d’inquiétude dans la voix de le voir ainsi, mais le chien noir et blanc ne bronche pas. Elle tourne la tête vers ses chevaux, laissés plus loin, et ceux-ci, tête baissée, semblent nerveux. Elle accourt vers eux, attrape la bride de Jera et tente de lui faire relever la tête pour s’assurer que sa jument se porte bien, mais celle-ci refuse. Sa mule en fait de même.

La colère prend le pas sur l’angoisse de la rousse et Siobhàn se retourne brusquement vers les deux autres femmes.

« S’en prendre à la terre est un affront à Idunn que je digère mal. Mais là, peu importe qui ou quoi est responsable de toute cette histoire, il dépasse les bornes. On ne s’en prend pas à mes bêtes. Jamais. »

D’un pas décidé, Sio se dirige vers le sentier, le fusillant du regard. Elle a toujours l’impression d’être épiée et elle espère sincèrement qu’elle vise juste. On se joue d’elle et elle déteste cela. Que cette chose qui les regarde dans l’ombre cesse de jouer les couards et se montre. Elle n’est peut-être qu’une simple humaine, mais ce n’est pas un peu de vent et de pluie qui lui feront peur. Elle leur montrera, à ces esprits malveillants, que la colère d’une Ragnvald n’est pas chose à prendre à la légère.

Sans se retourner, elle lance à ses deux compagnes :

« Vous attendez quoi? On nous montre le chemin, on ne va pas attendre qu’il neige. Et j’ai deux mots à dire à celui qui se trouve au bout de ce satané sentier. »

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MessageSujet: Re: [Quête] Le Sang de la Terre   Ven 17 Mar - 1:01

Il pleut. Dagheidr en prend conscience tardivement, la pluie est sans doute ce qu'il y a de plus banal en cet endroit. L'eau elle-même n'a pourtant rien à voir avec les ondées légères ou les fureurs du ciel qui détrempent le sol à s'y noyer mais font le bonheur de l'herbe et des canards sauvages. L'eau est morte, elle aussi.

La fille des Plaines a l'impression que ses vêtements, ses cheveux, sa peau sont en train de mourir aussi, lentement, étouffés par l'air et par l'eau. Il faut s'abriter quelque part, ou partir. Rester n'apportera rien de bon... mais où aller ? Le monde entier semble devenu oppressant, mort, plein de rejet et d'accusation, de brume et de cette pluie lourde et collante.  L'odeur se fait inquiétante également, presque agressive.

« Siobhàn, tu ne devrais peut-être pas... » commence-t-elle, avant de s'interrompre. Pas quoi ? Parler des esprits de la terre comme de contes de bonne femme quand on est dans un endroit qui n'est clairement pas ordinaire et peut-être même pas de ce monde lui semble le comble de l'imprudence et de l'irrespect... mais après tout peut-être les entités à l'oeuvre savent déjà ce que pense chacune d'elles, et se reprendre ne saurait avoir aucune conséquence positive. L'herboriste est une libre-penseuse, une libre vivante, Dagheidr n'est pas plus surprise que cela d'apprendre qu'elle ne croit pas en la puissance des landvaettirs, mais elle aurait pensé que son métier l'incitait au moins à les respecter. Est-ce pour cette raison qu'elles sont ici ? Dagheidr ne croit et ne respecte le surnaturel ni plus ni moins qu'une autre, et la piété d'Aslaug est au-dessus de tout soupçon. Ce n'est pas ça. Elle a peur un instant que la guerrière relève les paroles peu respectueuses de Siobhàn, mais elle n'en fait rien.

Le vent qui commence à souffler la fait presque sursauter. Ce n'est pas le vent des Plaines, c'est un vent... étrange. Comme un courant d'air dans son cou, mais seulement là. Elle y porte la main pour voir si quelque chose y est apparu, s'y est posé, mais rien. Seule la longueur de ses cheveux s'agite mollement, là où un vrai vent aurait fait voler sa crinière jusque dans ses yeux. La brume ne se disperse pas pour autant, et pire, alors que les mèches d'Aslaug s'en donnent à cœur joie les cheveux de Siobhàn ne remuent pas. Elle ne semble pas s'en rendre compte, accaparée par son chien qui a fui sous la roche.  

Elle entend soudain un tintement qui semble venir de partout à la fois – depuis quand est-il là? -, et qui lui rappelle le son du vent dans les mobiles de corne pendus aux branches des arbres des plaines, au-dessus des tombes, et des voix d'enfants dont elle n'arrive pas à déterminer si ce sont des rires ou des pleurs. Elle s'attendait encore moins à ce que le vent les presse toutes les trois les unes contre les autres sans les laisser bouger, à ce que le monde devienne  soudain tourmente et douleur. Voilà ce que les bêtes avaient senti, pour sûr! Impossible de se libérer, de remuer, de crier, de respirer presque. Combien de temps ? Tout s'arrête d'un coup. Plus de bruit, plus de pleurs, plus de vent, plus de pluie, plus rien.

Siobhàn se précipite vers la jument et la mule qui semblent soudain bien nerveuses. Dagheidr la suit pour en avoir le cœur net. Un examen attentif ne révèle ni blessure ni rien à quoi l’œil aguerri de la fille des Plaines  ait déjà été confrontée.

« Elles vont bien, Sio, elles n'ont rien. Elles sont juste plus réceptives que... »

La petite brune est à nouveau coupée par la tornade rousse, visiblement très remontée contre la quelconque entité à l'origine de la situation. Elle tire Aslaug par la manche et s'élance pour saisir le poignet de Siobhàn avant qu'elle emprunte un chemin sorti de nulle part.

« Siobhàn, du calme ! »

Dagheidr a mis toute son autorité dans cet ordre. Même elle se trouve sèche, dure, presque cassante, et se demande si elle aurait réagi ainsi en temps normal. Siobhàn va mal le prendre, à tous les coups. Elle inspire un grand coup, tente de retenir le pouvoir qu'elle sent lui échapper – ce n'est définitivement pas le moment d'envenimer la situation.

« Ecoute. S'énerver ne nous aidera pas, nous ne sommes pas en mesure de faire face à... à quoi que ce soit d'ailleurs. Restons calmes, et tâchons de réfléchir au lieu de foncer tête baissée. Et restons ensemble. Surtout. D'accord les filles ? »

La jeune femme espère qu'on ne sent pas trop son angoisse dans ses propos.  Elle s'accorde quelques secondes pour examiner à nouveau les lieux. Au bout du sentier – qui n'était définitivement pas là tout à l'heure – se dresse un arbre mort, sur lequel se tient effectivement un corbeau qui semble en piteux état. Aslaug dans une main, Siobhàn dans l'autre, Dagheidr avance lentement vers lui, s'efforçant de réfléchir. Un corbeau. L'oiseau d'Odin, l'oiseau des morts, la mémoire et la pensée. Les morts. Les mobiles de corne des arbres des plaines. Elle hésite. Une seule chose est sûre : quoi que signifie toute cette mise en scène, le conflit n'est pas une solution qui leur permettra de s'en sortir. Aslaug sait se battre et elle-même vise plutôt bien, mais dans un monde mort où les seuls mouvements dépassent leurs forces et leur entendement, que peuvent-elles faire ? Elle inspire, lève les yeux vers le corbeau, s'efforce de l'examiner sans avoir l'air de le dévisager. Qui sait quelle est la véritable nature de cet oiseau ?

« Tu sembles blessé. Pouvons-nous faire quelque chose ? »

Le vouvoiement lui semble vraiment trop étrange, elle préfère un tutoiement respectueux. Elle est quasiment sûre que ce corbeau n'est pas un simple charognard.

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MessageSujet: Re: [Quête] Le Sang de la Terre   Dim 26 Mar - 17:22

La terre semble gronder soudain alors que vous vous avancez sur le sentier. Elle tremble sans mouvement, comme la colère qui est trop longtemps contenue mais qui n'a pas encore éclaté. Elle vous sépare. Dagheidr au milieu, Siobhan d'un côté, Aslaug de l'autre mais vos mains se sont disjointe. A nouveau, le vent étrange se met à tourbillonner derrière et à vos côtés. Un nuage de poussière se met à flotter dans les airs, piquant les yeux et les poumons. Pour chacune de vous, le monde est devenu spectral et les silhouettes de vos amies et de vos bêtes se dissipent petit à petit, image de sable qui n'ont plus ni substance, ni réalité. Si vous tendez la main vers elles, vous ne toucherez rien que l'air lourd de particule qui vous entoure. La terre gronde encore, le vent tombe, la poussière aussi. Aslaug a disparu, emportée par le vent, le chemin derrière vous également et jusqu'à la vision de vos bêtes. Impossible de revenir sur vos pas. Où que vous vous tourniez, vous voyez devant vous le chemin qui continue, l'arbre mort et le corbeau qui vous regarde, semblant fixer les deux femmes comme si elle était seule. Il provoque Siobhan et examine Dagheidr. Et soudain s'envole, prenant la place laissée vacante par Aslaug dont il prend les traits. Une Aslaug aux cheveux noirs et à la cheville enserrée d'une plante qui semble la blesser et sur laquelle elle ne s'appuie pas. Dans sa main, une branche épineuse dont deux des épines acérées et grenat se transforme en bouton de fleur d'un rouge sanguin.

Elle ouvre la bouche, laissant échapper un croassement disgracieux, puis une toux désagréable qui se répercute dans le vent. Enfin, elle tend aux deux femmes la branche. Il s'agit d'une plante que vous n'avez jamais vue sur cette terre. Si vous portez la fleur à votre nez, vous pourrez sentir l'odeur caractéristique des gâteaux au miel frais sortis du four et ses pétales ont le goût sirupeux de la gelée royale. Le ciel s'est dégagé. L'atmosphère reste là, moins angoissante, dans une sorte d'attente immobile et attentive. Aslaug/Corbeau ouvre à nouveau la bouche mais seul du vent en sort, un vent qui porte une complainte que vos oreilles seules peuvent entendre et ce cri inaudible mais que votre cœur comprend très bien et qui dit « Aidez-moi ».
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