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 Sous le faîte des arbres

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Eyia Hróaldrsdóttir


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MessageSujet: Sous le faîte des arbres    Ven 17 Mar - 19:10


☩ Sous le faîte des arbres ☩


Assise à califourchon sur une branche d’arbre, elle contemplait l’horizon, le regard perdu dans les nuages. Volutes blanches et grises, duvets légers aux improbables silhouettes, Eyia se sentait irrémédiablement appelée par cet inaccessible univers, son corps entier se tendant désespérément dans l’espoir de s’approcher un peu plus de l’objet de sa convoitise. Ses muscles se tendaient, contractés dans une ultime supplique, sa main blanche se refermant vainement sur ses rêves alors qu’elle songeait une nouvelle fois qu’il lui faudrait à jamais se contenter de ses yeux pour danser dans les nuées. Enfin seulement elle se détendit, s’appuyant contre le tronc froid, l’écorce rugueuse accrochant malicieusement vêtements et cheveux. Elle devait chasser, elle le savait, ramener au logis de quoi se nourrir et troquer contre les objets du quotidien. Bientôt serait l’anniversaire de sa mère, elle espérait lui offrir un petit bijou de métal, mais il lui faudrait dénicher une belle proie pour cela. L’oiseau découvert plus tôt avait été sa cible, un instant, mais elle n’avait pu faire taire son cœur devant la grâce sauvage de son envol et l’élégance fière scintillant dans ses orbes noirs. Elle l’avait donc admiré s’envoler, honorée d’assister une fois de plus à une telle majesté, n’ayant ni regrets ni remords de n’avoir brisé le flux délicat de sa vie. Plus tard, un genou à terre, elle avait observé les traces laissées dans l’humus humide, ses yeux agiles détaillant avec aisance ce que d’aucuns auraient considéré comme futile ou anodin. Les empreintes étudiées étaient appuyées et petites, trahissant, si elle en croyait son expérience, la présence d’une femelle en gestation. Elle avait donc silencieusement passé son chemin, prenant soin d’éviter toute branche morte pouvant trahir sa présence, s’écartant de la piste empruntée par la future mère ; celle-ci aurait bientôt assez à s’occuper pour que lui soit en plus imposée une angoissante traque.

Renversant la tête en arrière, elle détailla les délicats entrelacs du bois formant les branches qui la surplombait. Il lui semblait percevoir chaque froissement d’ailes, le moindre coussinet se posant sur le sol froid s’éveillant tout juste de Skammdegi qui s’achevait. Elle se plaisait à croire que tout être de cette forêt lui était familier, comme un second clan qui l’accueillerait depuis que ses pas l’avaient mené dans les lieux. Ses yeux se baissèrent sur l’arc posé en travers de ses cuisses : elle avait terminé la rapide collation savamment préparée par sa génitrice, il lui fallait redescendre et poursuivre sa besogne. Pourtant, elle demeura ainsi, s’abandonnant à la caresse délicate des timides rayons solaires et aux baisers mutins de la brise effarouchée. Elle se sentait simplement incroyablement bien, tandis que l’horizon s’offrait sans retenue à sa vue. A cet instant, il lui semblait que le temps se figeait, ne laissant percer que quelques piaillements furieux et trilles amoureux, l’écho des pattes galopantes et le halètement des langues pendantes. Certains craignaient la forêt pour son silence, mais elle ne connaissait en vérité pas ce mot pour qui savait écouter. Quel que fut l’instant, quel que fut l’endroit, il y avait toujours milles et uns signes de vie, trahissant peur et excitation, joie ou douleur des habitants sylvains. Ombre ou lumière, jour et nuit, chacun recelait ses secrets et assistait à d’égaux évènements. Parfois, c’était la pluie qui en rafale ou en perles étincelantes venaient trépigner contre les branches nues et les feuilles vertes ; mais même elle ne pouvait faire taire longtemps les occupants terrés.

Brisant ses pensées qui voltigeaient, désordonnées, des pas se firent entendre, crispant ses muscles et assombrissant son regard. Attentive, Eyia s’accroupit précautionneusement sur sa branche, craignant un instant de chuter avant que son équilibre précaire ne se stabilise. Une main sur le tronc, elle songea un instant à en appeler au don de Skadi avant que cette idée ne s’envole aussi vite que venue. Non, la démarche était celle de l’un des siens, qui ne prenait pas ailleurs pas grand peine pour dissimuler sa présence. Suffisamment fort pour remporter tout conflit, ou bien au contraire persuadé de ne rien risquer en ces lieux. Se rembrunissant, la jeune femme tenta un regard dans la direction de l’inconnu, contrariée à l’idée de trouver un individu dans ce qu’elle considérait comme son domaine. Pourtant, alors qu’elle patientait sans bouger, la raison de l’indésirable présence l’interpella. Suivant attentivement de ses sens combinés chacun des déplacements mystérieux, elle s’aperçut finalement avec agacement qu’il se trouvait presque sous elle. Curieuse pourtant, elle s’allongea prudemment sur sa branche, tendant la tête vers le mystérieux individu, détaillant craintivement chacun de ses gestes.
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Johannes Erlandsen


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MessageSujet: Re: Sous le faîte des arbres    Ven 17 Mar - 21:22









sous le faîte des arbres

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Pour résumer la situation, on peut dire qu’il y a deux problèmes avec toi. Le premier c’est que tu n’as absolument pas peur de l’inconnu, encore moins des forêts, et ne parlons même pas des diverses créatures que tu es susceptible d’y croiser. Le deuxième, c’est que tu n’en as absolument rien à faire de te perdre. Pire : tu aimes te perdre. Parce que ça veut dire que tu vas pouvoir découvrir quelque chose de nouveau, flâner encore plus, et que de toute façon, à chaque fois que tu t’es perdu dans ta vie, tu as fini par retrouver ton chemin.
Et c’est, aussi, la principale raison pour laquelle tu es dans cette forêt. Tu aimes les forêts – sans doute un peu trop pour que ce soit normal, mais tu dois bien admettre qu’elles sont pleines d’avantages. En plus d’offrir de bonnes cachettes pour qui sait les trouver, ce sont des lieux où la végétation est toujours intéressante, quelle que soit la saison. Les arbres, les buissons, les fleurs sauvages… toutes ces petites choses que tu affectionnes tant vivent à proximité, sans s’ignorer, et s’entraident dans la grande et complexe organisation qu’est une forêt.

Tu l’aimes, cette forêt. Tu t’arrêtes – aussi impensable que ce soit te concernant – quelques instants entre les arbres et tu fermes les yeux avant d’inspirer à fond. Tu as un grand sourire sur le visage. Tu aimes l’odeur de sève de pin, mêlée à l’odeur du froid encore persistant, qui se balade entre les arbres, tu aimes la sensation de l’air frais sur la peau du dos de tes mains, le bruit des branches qui craquent et des troncs qui grincent autour de toi, les bruissements peureux des ailes des oiseaux battant pour les maintenir en vol. En un mot comme en cent, tu aimes la nature, le grand air, et tu comptes y passer le plus de temps possible.
Pour ne pas dire toute ta vie.
C’est avec une énième chanson sur le bout des lèvres, que tu fredonnes à mi-voix, que tu reprends ta marche après avoir rouvert les yeux, histoire de ne pas te gaufrer lamentablement à la première racine. Tes yeux alertes scrutent le paysage, à la recherche d’une plante que tu aimes, d’une que tu n’as plus, d’une que tu ne connais pas. Tu finis rapidement avec quelques spécimen entre les doigts, et tout en marchant, tu les détailles, toujours en souriant.

« Menthe sauvage, digitale, herbe tendre… Oh ! »

Tu t’arrêtes quelques secondes, le temps de ramasser une nouvelle plante. Enfin. Nouvelle, c’est vite dit, tu l’as déjà croisée à maintes reprises, celle-ci. Et tu l’aimes bien.

« Grande ciguë. Que va-t-on bien pouvoir faire de toi, hein ? Tu es plutôt dangereuse, dans ton genre, en plus de pousser le long de tous les chemins… Voyons voir, il va me falloir de tes racines si je veux arriver à quelque chose… »

Tu prends un bocal, dans ton sac, un de ceux que tu as déjà rempli de terre, et tu y plantes ta grande ciguë et ta digitale. Ce sera le bocal dangereux numéro… trois ? Tu n’en aurais pas un peu beaucoup, par hasard ? En attendant, tu coinces ton brin de menthe sauvage et tes quelques brins d’herbe tendre dans ton chapeau. Comme d’habitude, et tu continues ton périple à travers la forêt.
A un détail près. Tu as la vague impression d’être observé. Tu t’arrêtes une fois de plus et tu regardes autour de toi, tu te retournes plus ou moins, posant une main sur le tronc de l’arbre qui est à côté. Tu apprécies le contact rugueux de l’écorce du pain sous ta paume et la pulpe de tes doigts, ça t’arrache un sourire. Tu lèves la tête, prêt à parler à l’arbre.

Sauf qu’il y a quelqu’un dans cet arbre.

« Oh… Bonjour ! »

Au moins tu n’as pas oublié les bases de l’interaction sociale, Hannes, c’est déjà un point positif. Il n’empêche que tu souris toujours.

« Vous êtes bien, perchée là-haut ? »

Quoique…







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MessageSujet: Re: Sous le faîte des arbres    Mer 22 Mar - 22:11



Les oiseaux s’étaient tus, un instant, épiant l’inconnu arpentant les bois avec insouciance ; puis leurs chants avaient de nouveau retentis, alors qu’il s’était plongé dans la contemplation d’une mystérieuse trouvaille au pied de l’arbre. Comme eux, Eyia s’était craintivement dissimulée au creux des entrelacs de branches, espérant demeurer dans l’ombre et l’oubli ; mais la curiosité l’avait emporté sur sa défiance, et elle avait tendu le cou pour s’intéresser à ce voyageur. La mélopée qui s’échappait des lèvres entrouvertes, les murmures à d’inconnues entités, les gestes doux et précis l’avaient attirée comme une abeille ne sachant résister au suc des fleurs. Allongée précautionneusement dans le ramage de l’arbre, son regard suivait avec attention les mouvements de l’étranger, escortant chacun de ses pas, se joignant à ses moindres allers et venues. Qu’était-ce donc qu’il tenait dans sa main ? Que faisait-il penché ainsi ? Que disait-il ? A qui s’adressaient ses paroles ? D’où venait-il ? Quelques bribes de ses phrases lui parvenaient, emportées par le vent léger, pour achever leur voyage à l’orée du ciel de midi. De la cigüe, avait-elle perçut. Il récoltait donc les plantes, pour une raison qu’elle ne connaissait point. Que ferait-il donc celle-ci ? Quoi qu’Eyia n’était pas guérisseuse, sa grand-mère avait pris soin de lui apprendre à reconnaitre les tiges les plus utiles autant que les plus dangereuses. De ses enseignements, il lui restait parfois un doux chuchotement au creux de l’oreille, dévoilant un nom sitôt oublié ou retenant de justesse sa main qui se tendait. La vie dans la forêt avait également affiné sa compréhension des discrets signes émis par la nature, lui inculquant la méfiance des beautés vénéneuses et l’acceptation des inoffensives puanteurs. Pour autant, elle était bien loin de posséder les compétences nécessaires pour se transformer, même l’espace d’un instant, à devenir guérisseuse ; à l’un d’eux cependant, nul doute qu’elle pourrait servir de guide. Il ne lui appartenait donc pas de jauger, juger ce jeune homme sur ses récoltes et l’objet de ses attentions, ignorant tout de ses raisons. Elle se tut donc, sans remuer, sans bouger, perdues un instant dans ses pensées. Jusqu’à ce que deux prunelles sombres ne se lèvent vers elle et la dévisagent, de sous le chapeau orné de brindilles. La voix jusqu’à alors épiée résonna à son intention, et se recroquevillant de surprise, la chasseresse recula instinctivement la tête. De son visage, ne demeurait donc que le haut, alors qu’elle lui retournait son regard. Bonjour, avait-il dit. Mais était-elle seulement bonne, cette journée ? Par rapport à qui, à quoi ? Elle n’en savait rien. Seulement qu’un cueilleur était venu violer l’espace sain et pur de sa forêt, brisant sa quiétude et perturbant sa solitude. Un voyageur qu’elle n’avait jamais vu dans son village ni dans ceux d’à côté, malgré la petite taille des bourgades. Sans répondre, elle espéra qu’il passerait son chemin, pourtant de nouveau elle se sentit interlocutrice malgré elle alors qu’il l’interrogeait avec amabilité. Déliant alors ses membres resserrés autour de son corps, elle bascula légèrement le buste pour s’asseoir sur son siège improvisé.

-Oui. Elle s’arrêta un court instant avant de reprendre, presque malgré elle : c’est fort joli d’ici.

Son regard parcouru brièvement le champ de branches et de bourgeons de feuilles, glissa sur le tapis d’herbe parsemé de petites fleurs tout juste naissantes, s’arrêta sur le jeune homme au chapeau. Il semblait inoffensif, mais son regard seul la mettait mal à l’aise. Elle n’avait jamais apprécié être ainsi dévisagée, quand bien même était-ce amicalement, que ce soit par des proches ou des inconnus ; il lui semblait que les pupilles ténébreuses la transperçaient et fouillait en son âme. Pour autant, elle ne pouvait guère rester ici ainsi en hauteur, d’autant plus qu’elle venait de perdre sa cache. Glissant donc au sol, à quelques distances du jeune homme, elle garda une main posée tandis que l’autre agrippait son arme. Bien loin d’elle l’idée de sembler agressive, mais elle ne pouvait décemment laisser son arc dans l’arbre.

-Que cherchez-vous donc ici ?
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MessageSujet: Re: Sous le faîte des arbres    Sam 25 Mar - 19:20









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Tu as un vague haussement d’épaules. Tu n’as aucun doute sur le fait que la vue doit être très jolie depuis une des branches de l’arbre. La personne qui est là-haut doit avoir une vue imprenable sur une bonne partie des environs proches et semi-lointains de votre position actuelle, et tu ne vas pas mettre en doute ce qu’elle dit – elle, oui, parce que sa voix te permet de dire que c’est une elle qui a trouvé cachette là-haut – tant que tu n’auras pas été vérifier toi-même.
C’est ça qui est bien avec toi, Hannes, c’est qu’avant de critiquer, tu préfères vérifier. Ça évite quelques ennuis, de ci de là, l’air de rien, et ce n’est pas mal. Tu as toujours une main sur l’arbre, l’autre qui tient la sangle de ton sac. Et tes dix doigts pianotent en rythme, pendant que toi, tu ‘attends. Tu as simplement remis la tête droite avant de finir avec un torticolis. Et puis, il faut que tu arrêtes de fixer les gens comme ça, Hannes ! Tu les mets très souvent, pour ne pas dire toujours, mal à l’aise. Ce n’est pourtant pas ta faute. Mais s’il n’y avait pas ce décalage entre tes yeux et le reste de ta personne, ce serait sans doute moins déstabilisant pour les autres humains que tu peux croiser.
Tu n’es pas parmi les premiers à l’avouer. Hélas.

Sinon, tu attends tranquillement que ton interlocutrice ne descende de son arbre. Tu ne bouges pas, et fait miraculeux, tu ne dis rien non plus. Tu te contentes, éventuellement, de jeter un regard aux alentours avec une sorte de vague sourire qui s’amenuise un peu quand elle te parle.
Ce que tu cherches ?
Ça c’est une bonne question, n’est-ce pas.

« Des plantes. »

Oh, voyons, Hannes, ce n’est pas dans tes habitudes de faire du concis et clair, surtout pas quand il s’agit de tes petites protégées à chlorophylle. Ton sourire revient et s’élargit un peu, par rapport à ce qu’il était avant, ton regard change et reprend ce côté enfant émerveillé qui te caractérise d’ordinaire – à part que si tu restes à la fixer dans les yeux, le résultat sera le même, tu la mettras mal à l’aise.

« De toutes sortes ! Toutes les plantes ont une utilité, à un moment ou à un autre. Je pourrais vous faire la liste, mais… Non, vous ne voulez certainement pas la liste de toutes les plantes et de toutes leurs propriétés. Mais la forêt, c’est le meilleur endroit pour en trouver. C’est un terrain propice pour à peu près tout, il y a même certains végétaux qu’on ne peut pas trouver ailleurs. Et les arbres aussi ont leur lot de choses à apporter. »

Comme les châtaignes. C’est le premier exemple qui te vient en tête. Ta main se détache du tronc de l’arbre et vient récupérer le brin de menthe sauvage que tu as calé dans la bande de ton chapeau. Avec ton autre main, tu prends un bocal quelconque, qui n’est pas encore rempli, et puis tu tends le brin de menthe à la jeune femme.

« Vous pouvez me le tenir le temps que je mette un peu de terre dans ce bocal, s’il vous plaît ? »

Hannes, tu sais que ça n’a aucune logique, tu aurais pu laisser cette menthe sauvage dans ton chapeau. Mais, et ça, ton interlocutrice va le découvrir très rapidement, la logique, ce n’est pas ton domaine d’expertise, bien au contraire.







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Eyia Hróaldrsdóttir


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MessageSujet: Re: Sous le faîte des arbres    Ven 12 Mai - 18:08



Des plantes ? Lesquelles donc ? La flore était variée autant qu’austère, dans ces montagnes ; celui qui cherchait pouvait trouver des merveilles inconnues sans jamais poser les yeux sur ce qu’il convoitait, tandis que celui qui flânait dépassait sans la voir la végétation désirée par le premier. Dans la roche ou à l’ombre des écorces sombres, les caches étaient savamment trouvées et parfois difficiles d’accès, mais il était aussi aisé de perdre son chemin sous l’ombrage des hautes silhouettes sylvestres. Nombreux étaient les étrangers qui ainsi s’égaraient, leurs chemins déviant puis disparaissant sans même qu’ils n’y prennent garde. Et lui, le cueilleur inconnu, que voulait-il, que cherchait-il ?
Devant si laconique réponse, Eyia se recroquevilla un peu plus sur elle-même, le visage assombri et l’œil froid. Connaissait-il seulement l’effort que cela lui coûtait, que de s’adresser ainsi à lui ? Se désintéressant de lui, elle s’apprêta à s’éloigner quand il reprit finalement, un sourire nouveau se dessinant sur les traits épurés du visage innocent. Pourtant, le rictus n’inspira que nouvelle méfiance à la chasseuse : quel était donc cet être qui changeait d’humeur comme le vent de sens ? Quoi qu’étonnée par la requête, la chasseresse dévisagea prudemment l’étranger avant de s’avancer jusqu’à prendre en main le brin tendu. Ce ne fut qu’à cet instant qu’elle se rendit compte de ce qu’elle tenait. De la menthe. De la men-theuh. Portant près de son visage la victime de la cueillette, elle ferma brièvement les yeux en inspirant avec bonheur la délicieuse odeur exsudant des feuilles légèrement froissées. Si doux… si frais… si sucré… S’apprêtant à porter à la bouche la plante verte, elle s’arrêta avant d’amorcer un geste, se souvenant qu’elle n’était censée que la tenir le temps pour son interlocuteur de remplir de terre un bocal. Ah, cruelle tentation. Soit, elle prendrait sur elle, préférant s’enquérir de l’usage qu’en serait fait.

-Qu’en ferez-vous après ? Des baumes et antidotes ?

Discrètement, elle arracha l’une des plus petites feuilles, tendre et savoureuse, qu’elle croqua avec ardeur autant que gourmandise, laissant son palais se délecter du parfum suave et unique. Une telle saveur était-elle donc vraiment possible? Un petit soupir de contentement lui échappa, qui se perdit entre les branches argentées de la forêt alors que lui venaient de tristes pensées. Voilà longtemps qu’elle n’avait pas pris le temps et la peine de ramasser des aromates en compagnie de sa mère, permettant d’assaisonner la viande que son père ramenait ; mais l’âge de l’enfance se trouvait désormais derrière elle et c’était à elle désormais qu’il incombait de ramener de quoi fournir le repas, et non plus seulement les condiments. Son père alité, sa mère fatiguée… elle ne pouvait se permettre de s’abandonner à de si infantiles désirs. Délaissant ces amères réflexions, elle revint au présent.

-D’où venez-vous, étranger, pour parcourir ainsi la terre sans prudence ni crainte en quête d’herbes et écorces ? N’avez-vous donc point de maître pour vous guider dans vos recherches ? N'êtes vous ici que pour emplir votre besace ou vendez-vous aussi onguents bienfaiteurs ?

Elle le fixait sans malveillance ni aménité, traversée soudainement par un éclair d’espoir qui lui fendit le cœur. A son tour, elle le dévisagea sans même en prendre garde, timidité oubliée au profit d’une aspiration soudaine. Nombreux étaient ceux qui avaient franchi le pas de la porte de leur demeure, nomades ou habitants de villages alentours, dans le but de tenter de soigner, les uns par les herbes, les autres par des pouvoirs leur étant propre, le malade dont la vie déclinait. Pour chaque tentative, l’impuissance avait été le seul verdict. Mais si de tous, cet étranger le pouvait, lui ou celui lui enseignant son art ? Si ses connaissances, étendues à d’autres contrées, lui permettait n’était-ce que de soulager un peu la faiblesse du géniteur d’Eyia ? Immobile, la brindille oubliée dans ses doigts pâles, la jeune femme fixait l’étranger avec une intensité telle qu’elle aurait pu lui brûler les pupilles, alors qu’elle attendait fébrilement sa réponse ; avec l’espérance folle qu’elle fut de celles qu’elle attendait.
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MessageSujet: Re: Sous le faîte des arbres    Sam 3 Juin - 23:40









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Là, juste comme ça, tu te dis que tu trouverais bien un saule pour lui emprunter un peu d’écorce. Il va finir par t’en manquer. Mais il va falloir que tu trouves un saule.
Hannes, tu y penseras plus tard. Ton interlocutrice a eu la bonté d’esprit d’attraper ton brin de menthe sauvage sans poser trop de questions, alors tu tombes rapidement un genou au sol pour remplir ton bocal de terre. Tu en auras encore sous les ongles : ça ne fait rien, tu t’arranges pour les garder plus courts que courts, et tu ne les ronges même pas.
Tu l’écoutes, sans rien dire, ce qui est un miracle en soi. Tu es concentré sur ce que tu fais, et c’est tellement peu de choses. Mais tu t’assures que le bocal est correctement rempli, juste assez pour que les racines de ton petit plant de menthe puissent s’épanouir tranquillement, tu nivelles le dessus pour qu’il soit aussi lisse que possible, tu vérifies la hauteur : il faut quand même que tu puisses fermer ce bocal sans écraser le végétal que tu vas y garder. Et puis dès que tu as terminé, tu te relèves.

Tu te relèves et tu soutiens le regard de cette jeune femme, presque sans ciller. Tu lui renvoies ce regard avec une facilité et un calme qui en déconcerteraient plus d’un. Cette jeune et illustre inconnue peut être fière d’elle, parce qu’elle a réussi à réveiller la parcelle de sérieux qui sévit en toi, et qui ne sort qu’à de rares occasions. C’est avec une infinie douceur que tu avances la main pour reprendre le brin de menthe, et c’est toujours avec cette douceur que tu le places dans ton bocal, renivellant un peu la terre pour être sûr que le petit végétal se sente bien.
Les plantes sont ta priorité, après tout. Les êtres humains, un peu moins. Mais tu ne peux pas nier que le rôle d’un herboriste est aussi d’aider ses semblables. Hannes, peut-être que tu n’es pas sur une si mauvaise pente que ça, peut-être que tu vas réussir à te sociabiliser, qui sait. Tu as même un début de sourire, plus doux et plus contenu que d’habitude. Hannes, tu aurais presque l’air de l’adulte que tu es censé être, si on oublie la flammèche de ton enfance qui continue de danser inlassablement dans tes yeux. Quiconque y regarde d’assez près peut la voir.

« J’aime voyager. »

Tu vérifies que ta menthe est bien installée, dans son bocal. Ce serait bête qu’elle ne s’y sente pas chez elle, pas vrai ? Tu continues de dévisager ton interlocutrice. Peau pâle. Ses cheveux noirs créent un joli contraste, ses yeux bleus, comme mouchetés de taches d’ombre, renforcent le côté hypnotisant de sa personne.

« J’ai toujours aimé voyager. J’ai toujours aimé les plantes. Alors… autant joindre l’utile à l’agréable. Pour répondre à votre question, oui, je vis de ça. Quand j’arrive à vendre quelque chose. Ce n’est pas toujours simple. Il faut avoir les bonnes plantes, au bon moment. Un onguent, un baume, une décoction, ça ne se conserve pas éternellement… Les plantes non plus, elles ne se gardent pas éternellement, quoi qu’on y fasse. Il y a un temps pour tout. Et puis, je voyage seul. »

Elle l’aura sans doute remarqué. Comme toi tu as remarqué qu’il manque une feuille à ton brin de menthe. Mais tu ne dis rien. Tu feras pareil, quand il aura un peu grandi. Entre tes mains, déjà, les racines commencent à s’ancrer dans la terre, à l’abri des parois du bocal. Et toi, tout ce que tu fais, c’est cligner des yeux de temps à autres, respirer. Tu restes là, statique, et tu ne rompts pas le contact visuel avec cette inconnue.

« Vous avez besoin de quelque chose en particulier, peut-être ? »

Tu ne lui diras pas que tu n’as pas de maître pour une seule et bonne raison : c’est que personne n’arrive à te supporter plus d’une certaine durée de temps. Pour l’instant, tu es calme, même si tes doigts pianotent déjà nerveusement sur le bocal en terre que tu tiens toujours.







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MessageSujet: Re: Sous le faîte des arbres    Lun 3 Juil - 19:07


Voyager, par l’esprit ou la pensée, mais surtout par les chemins que les pas ouvraient. Découvrir le visible comme l’invisible, se jouer des frontières, déjouer toute barrière. Eyia comprenait, ce désir de liberté, cette douceur de vagabonder au gré des vents et envies. Loin des autres, des lois, des liens de toutes sortes. Il y avait des difficultés, celles qu’induit un temps capricieux, celles qui naissent des commerces humains, des aléas des routes. Mais il découvrait le monde, découvrait la terre qu’il parcourait avec candeur et émerveillement. Seul, avait-il dit. Seul à décider de sa vie et de son destin. Sans peur. Elle le fixa avec envie derrière sa crainte manifeste, laissant une feuille effrontée se poser en douceur sur sa chevelure de jais.
Un regard vers le bocal qu’il tenait toujours, sur la pousse verte frêle et fragile dans sa prison de verre. Pauvre petite chose sans défense, dépérissant déjà de n’être plus au chaud dans son lit de terre fraiche. Le voyageur égaré y était parfois semblable, et de nouveau elle s’interrogea. N’avait-t-il jamais peur, pourtant, de se trouver livré ainsi aux éléments furieux, aux regards suspicieux, aux comportements honteux ? Sa silhouette est malingre ; son visage, innocent. Quel doux rêveur pouvait donc survivre aux assauts furieux de la brutale réalité ? Quelle force se dissimulait sous les yeux sérieux, à l’éclat rieur ? Un instant, la chasseuse se referma, intimidée par ce regard trop prenant, par cette fixité déstabilisante que l’abri des arbres ne pouvait lui épargner. Les épaules se voûtèrent imperceptiblement ; les yeux bleus s’assombrirent craintivement. Ses interrogations, une à une, s’effacèrent en une brume délétère. Soudainement, elle ne savait pourquoi avoir ainsi amorcé la discussion, ne pas l’avoir regardé s’éloigner, tout simplement. Bloquée par ces iris immobiles, figée en songeant combien elle était découverte. Ses poumons se bloquaient, l’air se raréfiait ; elle étouffait en silence, prisonnière de ce contact trop intense, sa gorge sèche la brûlant à chaque laborieuse inspiration. Non. Elle devait songer à son père, avant tout. A sa famille dont la maladie avait lentement écartée sa vie d’antan. Ses mots, maladroits, peinèrent à s’exprimer avec force quand enfin elle se força à les prononcer :

-Je ne sais pas vraiment ce que je cherche, peut-être cela n’existe-t-il pas, ni sur cette terre ni sur aucune autre. Mais peut-être… peut-être saurez-vous me dire si d’aventure vous connaissiez un remède, capable de soigner toute maladie et toute faiblesse, qu’aucune science ni magie n’a encore pu écarter ?

Elle vacillait, libérée soudainement de son propre châtiment. Enserrant furieusement le bois sombre et poli de son arc, Eyia se concentra sur le couvre-chef de son vis-à-vis, épuisée de ce contact trop humain. Ceux avec qui elle commerçait savaient quelle timidité était sienne, ayant appris à ne jamais prolonger les regards plus que nécessaires. Mais lui, qui la fixait sans bouger plus que ses doigts, l’effrayait de ses yeux attentifs. Telle l’une des proies qu’elle traquait si souvent, l’enfant de Skadi était aux aguets, les muscles crispés et prête à bondir. Il lui semblait que plus haut, les oiseaux se moquaient de leurs piaillements aigus, la narguant de n’être que terrestre rêvant de lointains nuages. N’il-y avait-il donc nulle potion pour lui offrir des ailes, des longues plumes pâles comme un éclat de lune argentée ? La libérer de sa geôle d'os et de chair, déployer son âme toute tremblante dans un coin sombre de son esprit ?
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Johannes Erlandsen


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MessageSujet: Re: Sous le faîte des arbres    Mar 4 Juil - 20:59









sous le faîte des arbres

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« Je ne sais pas. »

Le verdict tombe, et il est sans appel. Tu ne sais pas. C’est vague, ce qu’elle te demande. Et si la magie n’a rien pu faire, qu’est-ce que tes plantes pourront faire, elles ? Tu n’en as pas la moindre idée, Hannes, et une fois de plus, on ne pourra pas te reprocher d’être honnête. Sans le vouloir, tu décortiques sa question dans ta tête. Aucune science, ni magie. Si on conçoit que l’herboristerie est une science, tu vas bien être au regret de lui annoncer que, pour le coup, ce n’est pas que tu ne sais pas, mais que tu ne pourras simplement rien faire, en tout cas, rien qui n’ait pas déjà été testé.
Tu la vois, qui fuit le contact de ton regard. Hannes, tu le sais, que tu as une manière de fixer les gens qui les dérange. Pourtant, ça ne t’arrête jamais. Tu n’es pas de ceux qui rompent le contact visuel. Tu es toujours le dernier à détourner les yeux. Mais tu sens bien que ça la gêne. Elle est mal à l’aise. Tout son corps s’est comme refermé et tu ne peux pas lui en vouloir pour ça.
Alors, juste pour cette fois, tu détournes les yeux, toi aussi. Tu regardes ailleurs, le paysage de la forêt et la végétation qui s’étale tout autour de vous.

« Je ne sais pas ce que vous avez déjà essayé, tout du moins. Mais je doute de pouvoir faire grand-chose de plus. La plupart des remèdes sont à bases de plantes. Je suppose que vous en avez déjà essayé plus d’un, alors, vraiment, je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus. Si la magie et toutes les autres sciences dont nous disposons ont échoué, je ne peux rien faire qui traite le problème de fond. Je peux faire comme tous les autres, vous proposer une alternative qui traitera juste les symptômes et facilitera la vie. »

Tu arrêtes de faire vagabonder ton regard et tu le fixes sur l’écorce d’un tronc, non loin. Un bouleau. Il ne doit pas être bien vieux. Tout autour de toi, il y a le silence de la forêt, le silence du vent dans les feuillages et vos deux respirations à peine audibles au milieu de ballet de verdure remuée par le passage de l’air frais. Et tes doigts continuent de pianoter sur ton bocal de terre.
Les racines de ton petit plant de menthe sont heureuses, elles ont tout ce qu’il leur faut entre tes mains expertes des plantes. Et au milieu de cet assourdissant silence, tu finis par baisser un peu la tête, toujours en regardant ailleurs ; ton regard se remet à vagabonder.

« Vous me faites partir avec peu d’informations. Vous savez, les plantes répondent à des choses précises. Une maladie, une faiblesse, c’est vague, je pourrais vous conseiller des douzaines de plantes qui auraient chacune un effet différent en fonction de la chose précise dont vous ne m’avez pas parlé. Certaines peuvent avoir plusieurs effets, mais ils resteront précis. Si je vous donnais de l’écorce de saule, vous vous débarrasseriez aussi bien de la douleur que de la fièvre, mais la fatigue ne s’en irait pas. »

Tu as un vague haussement d’épaules. Tu ne diras pas que la digitale et la ciguë permettent de calmer les cœurs agités, et que nombre de plantes utilisées comme poisons ont des vertus. Tu ne diras pas que c’est la dose qui fait tout. Tu es certain que même le saule peut se révéler mortel, à dose suffisante. Il est inutile d’effrayer cette inconnue, elle a déjà l’air suffisamment mal à l’aise comme ça.
Mais toi, Hannes ? Maintenant qu’on parle sérieusement des plantes et de leurs effets, tu es plus dans ton élément que n’importe quand.

« Pour savoir si je peux vraiment faire quelque chose, il va me falloir plus d’informations. Je pourrais littéralement vous donner n’importe quoi, tout ce que j’ai sur moi, ça ne ferait pas l’affaire parce que moi-même je ne saurai pas comment en arriver à quelque chose de satisfaisant. Etre élusif ne va pas aux plantes. »

Mal utilisée, toute plante est dangereuse.

« Si vous voulez de mon aide, je vais devoir en savoir plus. Mais c’est à vous de décider. »

Machinalement, tu t’es remis à la regarder, mais de manière moins persistante.







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MessageSujet: Re: Sous le faîte des arbres    Ven 4 Aoû - 20:23


Echec. Comme un voyage s’achevant au bord du précipice, une montagne se dressant pour briser la mer, une pluie noire recouvrant le soleil espéré. Pourtant Eiya croyait possible de dérouler une corde pour traverser l’abime, d’exhorter les vagues à monter haut pour ensevelir les roches, d’observer les nuages s’écarter au profit de l’astre solaire. Il y avait toujours une solution. Peut-être n’existait-il qu’un seul remède capable de vaincre la maladie, qu’une seule personne qui puisse l’administrer, en un lieu ou instant précis. Peut-être attendrait-elle des années durant que les Dieux n’inscrivent ses pas sur la route qu’elle recherchait. Qu’importait. Elle trouverait, tout comme chaque arbre qui les entourait avait su trouver l’eau nécessaire à sa survie, bien cachée sous la terre. Pourtant, le découragement la saisit un instant, alors qu’il lui semblait que celui qui lui faisait face n’était pas la bonne personne.

-Oh.

Son mat, aussi vite envolé que chuchoté. Ses yeux tristes pourtant parlaient davantage que ses lèvres. Elle était déçue ; s’y attendait, cependant. Connaissait déjà les questions, parfois excentriques, que posaient les guérisseurs à propos du patient. Ce furent là ses seuls mots alors qu’elle hésitait, ne sachant que répondre au cueilleur. Devait-elle donc parler à cet étranger, de son père, de la maladie ? Il lui semblait que ce serait comme se dévoiler un peu devant un inconnu, ôter son armure en espérant ne pas être frappée. Elle ne pouvait avoir confiance. Mais elle avait lu dans ses gestes, la douceur presque paternelle avec laquelle il avait soigneusement prit soin de sa petite menthe, qu’elle-même avait cruellement estropiée. Elle avait su alors qu’il n’était pas que charlatan vendant ses mensongers remèdes par la duperie pour s’éloigner bien vite au loin une fois le paiement récupéré. Non, elle croyait davantage en sa désarmante sincérité.
La chasseresse fit quelques pas, s’approchant de l’arbre le plus près pour appuyer son épaule dessus. Une seconde, sa main caressa l’écorce rugueuse et sèche, véritable habitation, elle le savait, pour nombre d’animaux en toutes saisons. Y puisant le courage de la longue ‒pour elle‒ explication à venir, elle se laissa bercer par les infimes pulsations qui semblaient en provenir. La forêt palpitait de vie pour qui savait apprendre à la connaitre, elle savait reconnaitre la détresse de ses enfants et veiller sur eux. Puis sa paume s’éloigna et, sereine ou presque, elle prit la parole de sa voix légère, forçant ses épaules à se décontracter et sa nervosité à s’éloigner.

-C’est bien son corps qui est malade, non pas son esprit. L’homme que je connais était fort comme un vent de tempête, résistant tel un roc face au courant. Lentement pourtant, il s’est affaiblit, déclinant sans que rien ne puisse arrêter ralentir ce qui de l’intérieur de ronger, pour n’être plus qu’un être sans force abandonné des dieux et trahi par son corps. Nulle magie n’a su soigner les dommages que la Nature lui a infligés, nulles plantes ne purent mettre un terme à sa lente destruction. Chaque geste lui coûte, respirer même devient malaisé. Bientôt viendra le jour où plus un seul membre ne pourra être bougé.

Qu’espérait-elle, finalement ? Qu’attendait-elle de ce curieux voyageur ? Un soin, bien sûr ; mais surtout, un espoir de salut pour son paternel si faible. Peut-être devrait-elle l’emmener voir le malade, car elle ne connaissait guère de la médecine que ce que l’anatomie de ces proies écorchées lui avait appris, alors que son cœur se serrait et sa vue se brouillait d’avoir ainsi prit une vie. Encore un érudit qui secouerait la tête au chevet de l’alité… Elle préférait savoir d’emblée, sous la lumière tamisée du midi bien passé, si d’aventure son interlocuteur pensait pouvoir l’aider.
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MessageSujet: Re: Sous le faîte des arbres    Ven 11 Aoû - 15:25









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Oh, Johannes, ce que tu vas lui dire ne risque pas de lui plaire, et pour la première fois depuis longtemps, tu hésites même à formuler les mots qui te viennent en tête. D’ordinaire, ton honnêteté tranche, elle est trop présente, comme si tu ne savais pas mentir. Et tandis que tu l’écoutes parler, tes doigts pianotant sur le bocal de ton brin de menthe, tu regardes les alentours en essayant de cacher ta nervosité. C’est vraiment inédit. Que tu sois mal à l’aise en présence de quelqu’un est encore normal.
Les humains sont trop compliqués. Les humains changent d’humeur plus facilement que le ciel ne passe du beau temps à l’orage. Mais d’habitude, tu affrontes la tempête. Là, tu cherches à tout prix un moyen d’éviter de voir de la déception s’immiscer dans le regard de ton interlocutrice.
La déception ne lui va pas, c’est la première chose qui te vient en tête alors que tu continues de réfléchir à ce que tu pourrais lui raconter. N’importe quoi. Mais pas cette captieuse vérité qui te brûle le bout de la langue et l’intérieur des lèvres.

Johannes, ton cœur s’est mis à battre plus fort parce que tu ne fais absolument pas ce que tu dois faire, et que si la déception ne sied pas à la jeune femme, toi, c’est l’indécision qui ne te sied guère. Tu te mordilles l’intérieur de la lèvre, tes doigts se crispent sur le bocal que tu n’as toujours pas lâché. Dans tes yeux danse l’orage, tu courbes imperceptiblement l’échine et ton chapeau y apporte un peu plus d’ombre.

« Je ne peux rien faire, je suis désolé. » Tu commences d’une voix douce, posée, qui pourrait paraître froide parce que c’est le seul moyen pour toi de pouvoir dire ce que tu dois lui dire. Tu as pesé le pour et le contre, et lui mentir ne servirait à rien. « Vous me dites qu’aucune plante n’a rien pu faire, alors que pourrais-je faire de plus ?, continues-tu avec un pâle sourire, relevant la tête pour la regarder dans les yeux, Je ne connais que les plantes. Je ne suis pas médecin, encore moins magicien. Je ne suis qu’un herboriste et mon savoir s’arrête en même temps que celui des végétaux. Malheureusement, leurs propriétés ne sont pas illimitées... »

Tu détournes le regard, alors ça ne te ressemble pas, et tu gardes ce semblant de sourire sur les lèvres alors que tes yeux se sont couverts d’une tristesse comme des nuages de pluie qui viennent progressivement masquer le soleil, et ils regardent le sol, le tapis de mousse qui recouvre la terre.
Tu te concentres sur autre chose que sur le visage de ton interlocutrice. Tu ne veux pas voir la déception dans ses yeux à ce que tu viens de lui annoncer. Alors tu te plonges dans l’environnement ambiant, l’odeur de la forêt, de l’humus qui s’installe lentement au pied des arbres, le psithurisme* qui embaume l’air de sa mélodie caractéristique.
Johannes, c’est étonnant mais tu ne sais absolument pas quoi lui dire, à part se préparer au pire. Parce qu’elle peut s’y préparer. Elle a le temps. Si elle te demande quelque chose, c’est que ça dure depuis suffisamment longtemps pour que l’anticipation soit permise. Toi tu n’as pas pu avoir ça, avec Erik, avec ton frère. Un jour, il riait, le lendemain il était aussi silencieux et immobile que la roche.

Et ton cœur, Johannes ? Il continue de battre, il n’a pas accéléré mais c’est comme s’il avait enflé dans ta poitrine. Tu fais machinalement un pas de côté alors que le souvenir d’Erik te revient. Tu ne devrais pas t’éterniser ici, elle non plus.

« Vous devriez rentrer chez vous. »

Vous préparez au pire, mais tu ne le dis pas.








HRP : *psithurisme : bruit du vent dans les feuilles des arbres

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