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 Et la mer la ramènera au monde

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Siobhán Ragnvald


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MessageSujet: Et la mer la ramènera au monde   Lun 31 Oct - 3:32

Siobhàn cligne des yeux.

La lumière l’éblouit et elle ne voit rien. Pourtant, après avoir battu plusieurs fois des paupières, force est de constater que le soir approche à grands pas et que la lourde couche nuageuse vient couvrir les rayons du soleil. Siobhàn ne comprend pas. Puis, l’odeur parvient à son nez. Non plus celle de la terre qui se meure, celle de l’étrange humidité qu’elle sentait à pleines narines quelques instants plus tôt, mais celle, incroyablement familière, de l’air salin près de la mer.

Puis elle comprend ce qu’elle regarde. La grande étendue grise, à l’infini devant elle, est la mer. Cette mer qu’elle connait si bien, qu’elle a tant aimée, autrefois. Cette même mer qui vient doucement, à rythme régulier, faire mourir l’une de ses vagues sur le bout de ses pieds. Et Siobhàn ne comprend pas. Elle a l’impression de rêver. Elle ne peut être sur le bord de la mer, c’est impossible. L’instant d’avant, elle était en plein cœur du territoire du Clan des Plaines, à quelques heures à peine de charrette de Brunnr. Elle a dû recevoir un coup sur la tête ou alors tout ce qu’elle vient de vivre n’était, ça aussi, qu’un rêve ? Non. Impossible. Les sensations étaient trop vives, trop réelles.

Puis d’un coup, le froid la frappe. Celui de l’eau, d’abord, qui s’est infiltrée dans le cuir de ses bottes, puis celui du vent. Il s’enroule dans ses longs cheveux roux, attaque la peau à nue de ses bras. Siobhàn sent les battements de son cœur accéléré, une pointe de panique s’emparant d’elle. L’instant d’avant, la seule fraîcheur qui subsistait était celle de la fin du printemps. Ce froid, là maintenant, n’en est ni un de printemps ni un d’été. Il annonce l’hiver. Et ce ciel, justement, si bas, au-dessus d’une mer sombre, et ces buissons séchés qu’elle aperçoit sur une fine péninsule de sable, ne sont-ils pas tous symboles de l’automne ?

La rousse repousse cette idée. C’est absurde, inconcevable. Elle se secoue violemment, frotte ses yeux de ses mains pour tenter de s’éveiller, de faire disparaitre le mirage ou l’illusion, mais rien n’y fait. Elle serre alors les poings et la mâchoire, s’en voulant à elle-même pour ses propres battements de cœur qui s’accélèrent encore plus et sa propre respiration hachée et difficile. Paniquer ne lui servira à rien pour comprendre ce qui se passe, mais le propre de la panique est justement de ne pas bien s’entendre avec la raison.

Inquiète, elle se retourne et, le regard hagard, cherche Aslaug et Dagheidr. Sa panique devient bel et bien incontrôlable lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle est seule sur cette plage. Elle appelle plusieurs fois ses amies, inquiète et de plus en plus déboussolée. Ou sont-elles ? Que leur est-il arrivé ? Et par Idunn, qu’est-ce qu’elle fou ici ?

Un jappement lui fait tourner la tête et c’est avec un soulagement immense qu’elle voit Kaän accourir vers elle. Sio' s’accroupit pour accueillir le chien noir et blanc qui s’empresse de lui lécher le visage.

« Tu sembles te porter à merveille, toi, hmm? »

La dernière fois qu’elle l’a vu, il se terrait sous un rocher, terrorisé par un vent tout sauf naturel. Elle est heureuse qu’il ne lui soit rien arrivé de plus qu’une bonne frayeur. Elle remarque alors sa charrette ainsi que sa jument et sa mule, tous deux semblant se porter bien également, qui semblent l’attendre sur le rebord de la route. Tout comme si elle-même les avait laissés là quelques heures auparavant. C’est bien ce qu’elle a fait, lorsqu’elle s’est engagée sur le sentier de cette terre mourante à la rencontre d’un corbeau aux airs lugubres, mais ce n’était pas sur ce chemin-ci. À des kilomètres de la mer, pour être plus précise. Siobhàn se crispe, l’idée de devenir folle étant de plus en plus plausible pour expliquer sa situation, ce qui n’est au final absolument pas rassurant.

Son regard se pose alors sur la silhouette familière des constructions humaines, sur le haut d’un affluent rocheux surplombant la mer. Dissimulé dans une nappe de brume du soir, Trigvii la nargue de toute sa hauteur. La panique que Kaän a réussi à atténuer explose alors dans sa poitrine comme un boulet de canon. Il la cloue sur place, le souffle court, ses longs doigts blanchis par le froid serrer, figés, sur la fourrure de Kaän.

Si c’est un jeu auquel s’adonne le landvaettirs, il n’est absolument pas drôle. Pourquoi la ramener ici ? Dans ce bordel d’endroit maudit ? Elle a juré qu’elle n’y remettrait jamais les pieds. Jamais. Elle ne veut pas être ici. Elle veut disparaître de nouveau, retourner sur les terres de son Clan ou même sur cette terre sans vie qu’elle vient de quitter s’il le faut. N’importe où, n’importe comment. Tout sauf ici.

Tout sauf mourir de nouveau.

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Kauri Fylkirsson


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MessageSujet: Re: Et la mer la ramènera au monde   Jeu 3 Nov - 10:11

HRP:
 

Kauri avait toujours adoré la mer. Il l'avait découvert la première fois qu'il était allé à la foire de Tryggvi, presque vingt ans auparavant, et avait tout de suite impressionné par ses paysages infinis. Il aimait perdre son regard dans ses flots doucement agités, mais pourtant presque immobiles.
Son amour pour la mer, que pourtant, d'autres maudissent en l'appelant prison, n'avait pas faiblit au court des années. Il avait la même joie de retrouver ce paysage si exotique pour lui à chaque fois qu'il se rendait à la foire de Tryggvi.

La foire n'avait commencé que depuis quelques jours, mais déjà Kauri se sentait vanné. Il trouvait fascinant, sinon agréable, l'ambiance folle et grisante de la foire, mais ne pouvait s'empêcher de regretter par moment le calme si chéri de son quotidien d'éleveur.
Mais bon, les foires n'étaient qu'une partie minime de l'année et une grande majeure partie des bénéfices engendrés par l'entreprise familiale. Kauri et sa famille se rendaient à chaque foire de Tryggvi avec une partie de leurs meilleures bêtes ainsi que leurs créations artisanales et passaient tout le mois que durait la foire à en tirer le plus grand bénéfice, le reste des bêtes restant sur les terres du clan des Plaines, surveillé de près par le reste de la famille de Grimhildr.

Kauri s'était servi d'un de leurs chevaux, qui était particulièrement nerveux à cause de l'agitation de la foire, comme d'un prétexte pour pouvoir sortir un peu de cette dernière. Sa femme lui avait jeté un regard amusé et fort peu dupe avant de le laisser à son escapade si désirée. Un baiser volé à la va-vite, et voilà que Kauri chevauchait maintenant le long de la plage.

Après une dizaine de minutes de galop, ils montèrent en haut d'une des dunes de sable qui bordait le littoral et, après avoir affectueusement flatté l'encolure de sa monture, avait mis pied à terre. Profitant de la fraîcheur de l'air qui n'avait pas encore trop acquis son véritable mordant hivernal, il s'était allongé au sommet de la dune, profitant des caresses des rayons du soleil déclinant, un sourire idiot naissant sur son visage.

Il laissa les secondes puis les minutes s'écouler, profiter de son petit moment hors du temps... Puis il soupira en se redressant doucement, mettant distraitement de l'ordre dans sa tignasse brune. Il devrait probablement retourner à Tryggvi aider Grimhildr.
Il sifflota un petit air pour signifier au cheval, qui s'était un peu éloigné entre-temps, de revenir à sa hauteur. Au moment où il allait se remettre en selle, il jeta un regard interloqué vers la plage. Une silhouette s'y dessinait, un peu au loin. C'est étrange, il aurait dû croiser cette personne quand il était parti de Tryggvi... À moins qu'elle ne soit venue de la route. Et en effet, un coup d’œil dans l'autre direction confirma sa supposition : une charrette s'y trouvait.

... Une charrette qu'il n'avait néanmoins pas entendu arriver.
"Mon bon Furald, me serais-je endormi ?" rigola-t-il en ébouriffant la crinière sombre de l'étalon. "Allons, rentrons avant que Grimhildr ne me t..." La phrase mourut entre ses lèvres tandis que son cœur ratait un battement. À cette distance, il ne pouvait que distinguer les formes de la silhouette au loin, mais il pouvait voir ses longs cheveux roux. Une chevelure assez exceptionnelle pour faire naître un espoir dans le cœur de Kauri.
Furald trépigna de la même impatience que Kauri. Ce dernier se mit en selle et commença à se diriger au pas vers la silhouette. Il était nerveux. Ses pensées s'entrechoquaient dans la tête, son cœur balançait entre l'espoir et la peur de la destruction de cet espoir. Le cheval renacla en retour à la nervosité de son Maître.
Un soupir, et Kauri élança Furald dans un trot rapide. Après tout, c'était la foire et tout le monde dit que rien n'y est impossible... Alors pourquoi pas un miracle ?
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Siobhán Ragnvald


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MessageSujet: Re: Et la mer la ramènera au monde   Ven 4 Nov - 2:22

HRS:
 

Siobhàn fixe, clouée sur place, la silhouette perdue dans la brume de Trigvii. Elle a froid, terriblement froid. Le vent attaque sa peau trop peu vêtue et l’eau déjà glaciale de la mer continue d’infiltrer ses bottes. Mais ce n’est rien face au froid du vide qu’elle ressent dans son ventre.

Elle se souvient de son propre rire, haut et clair, alors qu’elle est assise dans l’une des maisons cachées dans la brume devant elle. Elle se souvient de l’odeur du vin de de la nourriture, du regard de Jeald, comme brulant encore sur sa peau, et de sa main s’avançant vers son ventre rond. Chaude, forte, mais si douce. Elle entend encore sa voix, grave et amusée, prononcer à mi-voix une parole d’amour pour cet être qu’elle porte en elle.

Lève-toi.

Mais Siobhàn ne bouge pas. Elle ne remarque même pas que Kaän se dégage d’elle pour s’éloigner en courant, jappant à pleins poumons et battant joyeusement de la queue, pour accueillir le cavalier qui s’approche d’elle et qu’il a reconnu. Sio’ ne le voit pas non plus, ce cavalier. Maintenant à genou dans le sable, les vagues gelés venant la frapper à un rythme régulier, elle plaque les mains sur son ventre désespérément plat.

Elle se souvient, comme si la scène se déroule devant elle, des hommes au bas et au sommet de l’escalier de pierre. Un escalier de pierre qu’elle ne put apercevoir d’aussi loin, dans sa position, mais qu’elle sait exister au cœur de cette ville maudire. Elle se souvient de leurs mains sur elle, s’entend crier, leur dire de la lâcher. Elle se souvient de la lame, la sent encore, froide comme les vagues qui la frappent aujourd’hui, venir ironiquement lui brûler le visage. Sa cicatrice lui fait mal, elle jurerait qu’elle s’est remise à saigner, après six ans. Puis, elle se souvient de la chute, longue, interminable, douloureuse, terrible. Elle se sait étendue au sol, incapable de bouger, tout son corps hurlant à la douleur, son visage en sang sur la terre battue au bas de ce maudit escalier.

Lève-toi. Bordel, lève-toi, Siobhàn, et fou le camp d’ici.

Mais Siobhàn ne se lève pas. Ses membres ne lui obéissent plus, tremblent de froid et de choc. Elle ne devrait pas être à Trigvii. Elle a juré qu’elle ne reviendrait jamais ici. Elle ne voulait pas revenir. Jamais.

Elle se souvient des paroles du guérisseur. Ils n’ont rien pu faire. C’est un miracle qu’elle soit toujours vivante. Ils sont désolés. La cicatrice ne devrait pas être trop apparente. Les hommes qui l’ont attaqué sont recherchés, on les mènera en justice. Tout ça, elle s’en fou encore aujourd’hui. Tout ce qu’elle comprend dans leur flot de paroles contrit, fataliste, dégoutant de compassion ce sont ces deux phrases. Elle a perdu son bébé. Elle ne portera plus jamais d’enfants.

LÈVE-TOI. COURS. HURLE. PAR IDUNN, FAIS QUELQUE CHOSE !

Et alors qu’elle vient pour s’enfoncer un peu plus dans ce tourbillon sans fin de souvenir douloureux, malgré ses propres hurlements dans sa tête qui supplient son corps de réagir, cette image damnée de Trigvii disparait. Siobhan relève lentement les yeux vers cette silhouette apparue devant elle et met un temps à la reconnaitre. Elle ouvre la bouche et tout ce qu’elle parvient à articuler sont les mots suivants :

« Je ne peux pas être ici. »

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Kauri Fylkirsson


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MessageSujet: Re: Et la mer la ramènera au monde   Ven 4 Nov - 15:21

Spoiler:
 


Kauri se sentit défaillir quand sa si chère amie leva les yeux vers lui. Il se serait attendu à beaucoup de choses en revoyant Siobhán, pour qui il s'était fait un sang d'encre pendant les six derniers mois... mais pas à ça.
Il avait déjà vu Siobhán dans de nombreuses situations : tremblante de colère, blasée à l'extrême, ivre au possible, absorbée par son travail... Mais jamais il n'avait vu une telle expression sur son visage. Ses yeux écarquillés, presque teintés de larmes, ses lèvres tremblantes - et pas seulement de froid, le regard hagard.
Il y avait dans son expression si douloureuse à regarder deux choses que Kauri n'aurait jamais osé imaginer chez la rousse : la peur et la capitulation.
Qu'est-ce qui a bien pu t'arriver pendant tout ce temps...

Les quelques secondes où son amie le regarda sans sembler le reconnaître le remplirent d'un effroi sinistre. Puis elle brisa le silence. « Je ne peux pas être ici. » Cela sonnait presque comme une supplique.
Kauri haussa un sourcil, les questions s'entre-choquant dans sa tête. Ici ? Pourquoi ? Et tu as bien dû venir jusqu'à cette plage alors... Mais sans doute n'était-ce pas le moment pour assaillir son amie de questions qu'elle ne serait sans doute pas en mesure de répondre. Siobhán avait plus besoin d'aide que lui de réponses.
Il s'accroupit pour se mettre à sa hauteur et caressa doucement sa joue pour essayer de la calmer. « Hey, Sio'... » murmura-t-il, en essayant un sourire. Ce n'était pas exactement le moment de lui refiler son inquiétude. « On fera comme tu voudras. On va s'éloigner d'ici et ça va s'arranger, d'accord ? »

Il passa sa main dans la chevelure rousse en refrénant un soupir. Décidément, heureusement que le dur métier de père l'avait préparé psychologiquement à consoler les pires chagrins, même les plus incompréhensible.
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Siobhán Ragnvald


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MessageSujet: Re: Et la mer la ramènera au monde   Ven 4 Nov - 20:47

HRS:
 


La voix de Kauri la fait frissonner. Sa main sur sa joue la fait se raidir. Le contact physique lui fait reprendre contact avec cette réalité auquel il appartient, juste assez pour qu’elle brise le tourbillon dans lequel elle est prise. Juste assez pour serrer les dents, ravaler une petite partie du trop-plein d’émotion et de souvenir qui l’assaille et tenter de se reconstituer une expression un tant soit peu contrôlée.

Siobhàn est une femme forte. Elle a appris à ne dépendre de personne, à ne jamais laisser voir aux autres qu’ils la blessent, à toujours montrer une image forte et fière d’elle-même. Elle a survécu à tellement de choses ainsi, en se foutant du monde entier, en se riant de lui. Elle n’est pas pire ou meilleure que qui que ce soit, mais  elle met un point d’honneur à justement n’en avoir rien à faire.  Du moins, à le laisser paraitre. Car la simple idée qu’on la voit dans une situation vulnérable, comme maintenant, l’horrifie au plus haut point, la menace dans ce qu’elle est, dans ses plus intimes et secrètes défenses.

Même maintenant, devant cet homme qu’elle considère pourtant comme sa famille, devant cette rare personne en qui elle a assez confiance pour être elle-même en sa présence, l’idée est presque insupportable. Moins insupportable que les souvenirs, que la sensation de vide dans son ventre, néanmoins. Et c’est probablement pour cette raison que la volonté de fer de la rousse ne parvient pas à ravaler ces derniers au profit du premier.  

Ses souvenirs la rendent confuse, mélangeant le présent et le passé, rendant sa logique défaillante par un trop-plein incontrôlable, amplifié avec la confusion de sa situation actuelle. Retenus trop longtemps enfermés dans une cage de verre, ils n’ont pas l’intention de retourner à leur silence forcé de sitôt.

Et Siobhàn ne comprend toujours pas ce qu’elle fait ici. Elle ne comprend que ce que cette ville maudite lui fait revivre comme douleurs et sa foutue incapacité à se contrôler elle-même présentement. Tiraillée, divisée, Siobhàn veut s’abandonner aux paroles et aux bras de Kauri. Qu’il l’amène loin d’ici, qu’elle se laisser guider, pour une fois, pour une seule fois.

Les mots sont amers dans sa bouche lorsqu’elle parvient à lui répondre, détournant les yeux vers ses mains toujours plaquées sur son ventre.

« Ça ne va pas s’arranger. Rien ne peut arranger ça. »

Elle ferme les yeux, tente d’inspirer et d’expirer quelques fois pour se calmer, se concentrer, reprendre pied. Sans réel succès. Ses paroles suivantes, un peu trop vide et froide, lui coûtent plus cher que Kauri ne pourra probablement le comprendre.

« Aide-moi. Je veux partir d’ici, tout de suite. Je ne peux pas... Je ne suis pas... »

Elle voudrait dire qu'elle ne peut pas le faire seule, que ses jambes ne répondent plus. Elle se haïs d'ailleurs pour cela, elle qui s'est promis de ne jamais plus devoir dépendre de personne. Une autre promesse faite à elle-même qui se brise aujourd'hui. Et la panique s'empare d'elle de plus en plus alors que tout s’accumule dans un bouleversement teinté d'urgence. Elle doit partir avant que les choses n'empirent encore. Elle ne veut pas voir ce qu'elle deviendra si elle s'enfonce plus loin, si Trigvii et la mer l'avalent et la consument pour de bon.

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Kauri Fylkirsson


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MessageSujet: Re: Et la mer la ramènera au monde   Dim 6 Nov - 21:27

HRP:
 

Le regard de Kauri suivit celui de Siobhán vers le ventre de cette dernière où ses deux mains étaient posées - crispées, même - comme s'il s'agissait de l'origine de toutes ses souffrances. Il ne semblait pas y avoir de blessure, pourtant : pas la moindre odeur de sang, et Kaän qui ne semblait pas si nerveux que ça, mis à part la nervosité qu'il recevait de Kauri. Non, la douleur de Siobhán n'était ni physique ni visible.

De toutes les légendes et ragots peuplant Eyland sur la personne si haute en couleur de Siobhán, une faisait l'unanimité parmi ses détracteurs tout comme ses amis : la personne à qui Siobhán demanderait de l'aide n'était pas encore née.
Et pourtant, élu ou chanceux, Kauri venait d'entendre ces mots qui contredisaient ce que tous pensaient tout haut ou tout bas : « Aide-moi. »
En d'autres circonstances, Kauri aurait sans doute ouvert le tonnelet d'hydromel le plus proche afin de fêter cet événement historique en compagnie de sa bonne amie Cynisme. Là, cela ne fit qu'augmenter son inquiétude pour Siobhán : la situation était suffisamment critique pour qu'elle ravale son illustre orgueil.

« J'ai dit que ça allait s'arranger, pas que ça allait guérir. » lui dit-il. Il pouvait sentir à quel point ses mots glissaient sur Siobhán sans parvenir à l'atteindre. La pensée l'effleura que ce qu'il sentait en ce moment, c'était ce que Bjoarke avait dû traverser quand il essayait de l'aider à surmonter la mort de son frère, Aleinn. Ce sentiment d'impuissance face à la carapace de souffrance que Kauri avait dressé autour de son esprit. Ce déchirement de l'âme.

Un jugement rapide de l'état de Siobhán en un regard, et le verdict tomba : aussi bornée et acharnée que pouvait être la rousse, elle ne tiendrait pas dix mètres. Et Kauri ne pourrait très vraisemblablement pas la porter sur une grande distance non plus.

Bon.

« Tu ne pourras pas aller bien loin dans ton état, Sio'. Il faut que tu te calmes, ne serait-ce qu'un peu. »
Il enleva son veston de cuir brun et le mit sur les épaules de son amie. Il allait crever de froid d'ici cinq minutes, indubitablement, mais il s'en foutait pas mal. Dans le pire des cas, il serait malade comme un chien pour une ou deux semaines et pourrait profiter d'un rhum chaud préparé par sa femme, il y avait pire comme destin ! Il plaça ses mains sur les celles de Siobhán, sans pour autant essayer de les retirer de son ventre. Plutôt comme une invitation.
« Crois-moi, je comprends que ça te paraisse impossible. Mais concentre toi sur ta respiration... Reviens vers moi.... Prends mes mains. Dès que tu pourras à peu près tenir sur Furald, on ira aussi loin que tu voudras. »
Enfin, aussi loin que je peux aller sans me faire assassiner par Grimhildr au retour. rectifia-t-il mentalement.
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Siobhán Ragnvald


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MessageSujet: Re: Et la mer la ramènera au monde   Lun 7 Nov - 20:50

Spoiler:
 

Kauri lui parle, la touche, mais il lui semble si loin. Pourtant elle sait qu’il a raison. Elle le sait, car elle se le hurle intérieurement depuis le début. Se hurle de partir, de se lever, de bouger, d’agir. Elle qui a pourtant une volonté de fer semble avoir trouvé épreuve à sa mesure.

Au fond d’elle, ce qui lui reste de rationalité analyse ce qui lui arrive avec une froideur teintée de dégout. Les mains tremblantes, difficulté à comprendre ce qui est vrai ou non, difficultés à respirer… en un clin d’œil, elle se diagnostique l’état de choc. Elle l’a vu si souvent, l’a traité si souvent pour d’autres. Entre ce qu’elle vient de vivre avec les landvaettirs, sa confusion temporelle et spatiale et les vives émotions que les souvenirs de Triggvii lui font vivre, elle ne s’en étonne même pas. Elle s’exaspère, certes, mais elle comprend. Et comprendre aide un peu.

Kaän commence à s’agiter, mélange de la panique de Siobhàn et de l’inquiétude de Kauri qui déteint sur lui. Il a toujours été une créature craintive, à rouler dans les pattes de Siobhàn à la moindre menace. S’approchant finalement d’elle, il la pousse du bout du nez. La rouquine baisse les yeux sur lui et serre les dents, tentant de se raccrocher à ce petit bout de réalité qu’elle comprend.

Elle hoche la tête aux paroles de son ami et se fait violence pour fermer les yeux et tenter de respirer quelques goulées d’air. L’exercice est peu concluant, mais la concentration qu’il lui requiert quant à lui bénéfique. Prenant appui d’une main sur le bras de Kauri, gardant l’autre toujours plaquée sur son ventre, Siobhan parvient à se relever. Elle déteste voir ses mains trembler, sentir ses jambes faibles sous elle. Monter sur le cheval de Kauri s’avère néanmoins plus facile qu’elle ne l’aurait cru. Contraindre son corps à lui obéir la première fois fut le plus difficile.

Un semblant de contrôle retrouvé, Siobhan se laisse mener jusqu’au chemin, s’emmurant dans une expression impassible, presque vide, concentrée sur quelque chose de beaucoup plus loin que la colline devant eux. Elle tremble, gelée jusqu’aux os par le vent et l’eau de mer dont elle est trempée jusqu’aux genoux, et elle ne remarque que maintenant le manteau de Kauri posé sur ses épaules. Une vague de culpabilité mêlée de reconnaissance s’empare d’elle. Lentement, elle retire le manteau et le tend de nouveau vers l’homme.

« Merci, ça ira maintenant. J’ai mes propres fourrures dans ma charrette. »

Sa voix est moins assurée qu’elle le voulait et elle serre les dents de frustration. Au moins arrivent-ils rapidement sur le chemin de terre battue, à la hauteur de sa charrette. Sans attendre une approbation ou une protestation de Kauri, Siobhàn se laisse glisser en bas de la selle et se dirige à pas légèrement vacillant vers cette dernière. Elle grimpe au poste de conductrice et, les mains plus tremblantes que jamais, fouille avec difficulté dans le petit coffre derrière le banc pour en sortir une lourde couverture de fourrure grise, mélange rapiécé de fourrure de loup, de renard et d’hermine. Elle s’enroule dedans et prend quelques instants pour se réchauffer et tenter de ralentir ses tremblements.

Glissant un regard vers Kauri, incertaine sur quoi lui dire, Siobhàn hésite. Elle déteste devoir quoi que ce soit à qui que ce soit, même à quelqu’un qu’elle aime et respecte autant que Kauri. Et pourtant, force est de constater qu’elle lui doit au moins plus qu’un simple merci… et probablement quelques explications.

« Je ne sais pas si tu veux venir ou non, mais je dois m’éloigner de Trigvii. »

À ses paroles, Sio’ tourne la tête vers l’arrière pour voir la silhouette de la ville qui la nargue toujours, inébranlable et terrible dans son silence emmuré de brume. Elle manque de s’y reperdre à nouveau et une nouvelle lueur de détresse s’allume dans ses yeux ambrés, mais cette fois, elle parvint à détourner le regard. Confuse un instant, elle finit par attraper les rênes de l’attelage qu’elle fait claquer pour mettre ses cheveux en marche, sans attendre de réponse. Kauri la suivra s’il le désire, tout simplement. Même dans ses plus grands moments de faiblesse, Siobhàn reste une femme indéniablement caractérielle.

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Kauri Fylkirsson


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MessageSujet: Re: Et la mer la ramènera au monde   Mer 9 Nov - 10:57

Spoiler:
 

Kauri avait regardé Siobhán se relever comme on regarderait un miracle. Il avait toujours eu une profonde admiration pour son amie - ainsi que pour son sale caractère - et la voir ainsi diminuée ne changeait en rien ce qu'il pouvait ressentir à ce niveau-là. Au contraire, entr'apercevoir enfin ce côté fragile embellissait presque étrangement l'image qu'il avait de Siobhán.
Mais ensuite, s'il pensait pouvoir mieux comprendre l'énigme interclanique qu'était la rousse, même au plus mal, c'était peine perdue, il semblerait.

Il mena son bon Furald par la bride tout en observant attentivement du coin de l'œil Siobhán, qui semblait encore une fois totalement ailleurs.
Il accepta de mauvaise grâce son manteau, comme si une partie de lui aurait voulu qu'elle le garde... Mais une autre partie fut bien heureuse de profiter de nouveau de la chaleur toute relative que lui fournissait le manteau !

Il se fit violence pour ne pas aller aider prestement Siobhán quand elle galérait à des tâches si banales. Monter dans sa charrette, choisir un vêtement...
D'ailleurs, tandis qu'il la regarde, un détail le fait tiquer. Pendant tout ce temps qui avait suivi la foire Brunnr, il n'avait cessé de se remémorer les moments où il avait croisé Siobhán. Comment elle lui avait promis qu'elle passerait les voir, lui et sa famille, pendant Nattleysi... Avant de disparaitre de la vue des hommes - mais apparemment pas de celle des dieux, pendant toute la saison chaude. Ne portait-elle pas exactement les mêmes vêtements ? Ensuite, la garde-robe de l'herboriste n'était - ironiquement - pas non la plus fleurie, certes, mais cette tenue d'équinoxe, au sortir de Nattleysi...

« Je ne sais pas si tu veux venir ou non, mais je dois m’éloigner de Trygvi. »

Et Kauri regarda sans rien faire Sio' s'éloigner. Bordel, il était peut-être celui à qui elle avait demandé de l'aide, mais il n'était toujours pas celui qui parviendrait à l’enchaîner. Non pas qu'il en ait particulièrement envie non plus, mais juste pour aujourd'hui, un peu de constance chez Siobhán lui aurait fait grand bien.
« Oh les femmes. Sois heureux de ne pas avoir à connaitre ce fléau de l'âme ! » Glissa-t-il à l'oreille de Furald, tout en se mettant en scelle.
Il hésita un instant entre laisser partir Siobhán et l'accompagner sur un bout de route... Puis un soupir exaspéré lui fit lancer Furald au trot rapide pour rattraper la charrette.

« Okay Siobhán, débarquer à l'improviste dans ma vie puis repartir aussi rapidement en chamboulant tout, c'est ce que tu fais et je m'en fous. » Un petit temps de réflexion puis il rectifia : « Enfin, j'ai fini par m'y habituer. Mais... »
Il saisit la bride de Sluagh pour arrêter le chariot et fit pivoter sa monture pour faire face à Siobhán. Dans sa tête se bousculèrent deux idées : la première était que Siobhán allait le massacrer pour avoir fait ça, la seconde était qu'il n'en avait rien à battre, car elle avait dépasser les bornes.

« Qu'est-ce que je dois raconter à mes gosses ? Désolé, Ása, désolé, Salbjǫrn, j'ai croisé Sio', elle va bien même si elle n'est pas venue pendant Nattleysi et désolée, elle est partie de Tryggvi sans même venir vous voir ? »

Kauri essayait de ne pas hausser la voix, mais cette dernière était tout de même très tendue, tension alimentée par tous ces moments à essayer de consoler ses enfants qui avaient entendu les rumeurs de la disparition de leur herboriste préférée, à faire le pitre pour distraire Salbjǫrn qui avait le regard perdu par la fenêtre comme s'il guettait quelqu'un tandis que Kauri se faisait violence pour ne pas faire exactement la même chose...

« Tu peux tanner tout le monde avec tes airs de femme indépendante et sans attache, mais là, c'est trop, Siobhán. Ils étaient fous d'inquiétude pour toi. Et ils n'étaient pas les seuls. »
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Siobhán Ragnvald


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MessageSujet: Re: Et la mer la ramènera au monde   Sam 12 Nov - 18:39

Spoiler:
 

« Okay Siobhán, débarquer à l'improviste dans ma vie puis repartir aussi rapidement en chamboulant tout, c'est ce que tu fais et je m'en fous. Enfin, j'ai fini par m'y habituer. Mais... »

Lorsqu’il attrape la bride de Sluagh, Siobhàn voit noir et doit faire un effort pour ne pas tirer violemment sur la bride et la lui arracher des mains. Elle serre plutôt les dents et garde ses yeux résolument fixés sur la route, entêtée . Par Idunn, Kauri, tu ne vois pas que ce n’est absolument pas le moment pour ce genre de discussion ?

Et où veut-il en venir avec ça ? Siobhan est encore loin, trop loin, pour même considérer une critique sur son attitude. Pas qu’elle la prendrait nécessairement bien dans d’autres circonstances, mais pour la peine, maintenant, elle se considère parfaitement justifiée. Cela aiderait surement si Kauri savait pourquoi Siobhàn est dans cet état, mais pour le moment du moins, elle ne serait probablement pas capable de le faire. Pas tant que la ville peut encore étendre ses griffes jusqu’à elle.

« Qu'est-ce que je dois raconter à mes gosses ? Désolé, Ása, désolé, Salbjǫrn, j'ai croisé Sio', elle va bien même si elle n'est pas venue pendant Nattleysi et désolée, elle est partie de Tryggvi sans même venir vous voir ? »

Sio fronce les sourcils, agacée et un peu surprise. Ce n’est pas dans le tempérament de Kauri d’agir ainsi et quelque chose cloche définitivement dans sa situation actuelle, mais elle supporte tout de même très mal la moindre tentative pour contrôler ses allées et venues, aussi subtile et dérivée soit-elle. Elle n’a pas besoin de ça en plus, pas maintenant que toutes ses forces sont concentrées à l’empêcher de succomber à son état de choc, et tout ce qu’elle souhaite est qu’il la laisse tranquille. Aussi, elle tourne un regard froid vers son ami et rétorque un peu trop sèchement :

« Tu leur raconteras ce que tu veux, ce n’est pas de mes affaires. »

Mais son ami semble réellement inquiet. Frustré, mais d’une frustration qui est motivée par une inquiétude réelle, sincère. Siobhàn se retient de l’envoyer définitivement balader et serre un peu plus les doigts autour des rênes de sa charrette.

« Tu peux tanner tout le monde avec tes airs de femme indépendante et sans attache, mais là, c'est trop, Siobhán. Ils étaient fous d'inquiétude pour toi. Et ils n'étaient pas les seuls. »

« Quoi ? Mais de quoi est-ce que tu parles ? Par Idunn, on s’est vu il y a deux jours, à la foire de Brunnr ! »

La frustration sur son visage laisse place à une perplexité inquiète. Elle ne comprend pas ce qui se passe, mais deux faits indéniables s’entrechoquent dans son esprit avec violence. Premièrement, elle a vu Kauri la veille de son départ de Brunnr, soit l’avant-veille. Elle n’a passé qu’une journée, tout au plus, dans cet endroit étrange avec le landvaettirs. Deuxièmement, il est absolument impossible de faire le voyage entre Triggvi et Brunnr en deux jours. Pour elle, elle est prête à accepter l’idée que le landvaettirs l’ait envoyé ici en claquant des doigts, mais rien de logique n’explique la présence de Kauri en ce lieu.

Tentant de trouver un sens à ces deux faits indéniables et pourtant incompatibles, Siobhàn fixe en silence Kauri du regard comme si, à force de le regarder, elle trouverait une partie de la réponse.

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MessageSujet: Re: Et la mer la ramènera au monde   Jeu 17 Nov - 17:57

Spoiler:
 

Deux jours.
Jusqu'alors, Kauri avait su garder un air bravache face aux regards noirs que lui balançait Siobhàn. Mais quand elle lui avait balancé avec son impudence si caractéristique qu'elle l'avait vu il y a deux jours... le semblant de colère qu'il avait réussi à emmagasiner sembla comme s'évaporer et son visage se mua en une expression... perplexe.
Pendant quelques secondes, c'était comme si le cerveau de Kauri venait de disjoncter. A la fois tout et rien passait dans sa tête. Trop de pensées dont aucune n'arrivait réellement à se formuler. Trop de pensées qui arrivaient en masses et se supplantaient entres elles. Des idées, de la peur, du déni. Trop de pensées et donc, au final, aucune.
Hel, quel est ce bordel...
Ce n'était juste pas possible. Siobhàn pourrait lui raconter ça juste pour le faire tourner en bourrique ? Ce serait à la limite de son style... mais pas dans cette situation ! Ni dans son état.
Et puis la détermination qu'elle avait mis dans sa voix, malgré son air perdu, comme si elle souhaitait de tout cœur que cela soit vrai...

Sluagh s'ébroua pour se dégager de la prise de Kauri, qui n'était probablement pas entièrement innocent dans l'anxiété de la bête. Furald aussi commençait à trépigner sous le poids de son cavalier. Mais c'est à peine si ce dernier le remarqua.

« Siobhàn... » commença-t-il, brisant enfin le silence qui était presque devenu pesant. Sa voix était tendue, ses mots mesurés. « Dans trois jours, c'est l'équinoxe. L'équinoxe d'automne. La foire de Brunnr était il y a plus de cinq mois. »

Avait-elle réellement ainsi disparu pendant toute la saison ? Ou avait-elle perdu la mémoire de ces derniers mois ? Les deux hypothèses étaient toutes deux aussi inexplicables que farfelues. Qu'avait pu donc bien faire Siobhàn aux Dieux pour qu'ils lui fassent subir cela ?

« Pendant toute la saison chaude, tu avais... disparu, par je ne sais quelle malédiction ou quel miracle... Enfin, malédiction pour le départ, miracle pour le retour, je suppose. »
La dernière phrase était partie sur un ton plus léger, presque humoristique. Etait-ce vraiment le moment de faire de l'esprit ? Sans doute pas. Mais une étincelle aurait fait éclater la tension qui pesait sur les deux amis alors Kauri ne pouvait qu'essayer d'améliorer les choses.
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MessageSujet: Re: Et la mer la ramènera au monde   Lun 28 Nov - 22:41

Il la dévisage. La dévisage longtemps, comme si elle vient de lui annoncer qu’elle souhaitait se jeter en bas d’une falaise, avec gravité et une touche d’expression alarmée. Siobhàn, elle, reste droite, lèvre pincée, et lui retourne un regard prudent, presque courroucé.

Elle sait que quelque chose ne tourne pas rond, pas rond du tout en fait. Mais comme elle déteste ne pas avoir le contrôle sur sa propre situation, elle se réfugie derrière fierté et défiance. La défensive est une position qu’elle préfère largement à la vulnérabilité, même si elle sait pertinemment être dans l’erreur. Aussi, elle ne dit rien et se contente de poser ses iris sur Kauri comme si elle le défiait de la traiter de folle ou de quoi que ce soit d’autre.

« Siobhàn... Dans trois jours, c'est l'équinoxe. L'équinoxe d'automne. La foire de Brunnr était il y a plus de cinq mois. »

« Par Idunn, tu te fou de ma gueule? »

C’est au tour de Siobhàn de dévisager Kauri comme s’il venait de lui proposer de faire disparaitre le soleil.

Quoi ? Cinq mois ? C’est absurde. Elle a dû mal comprendre, Kauri doit s’être trompé… D’accord, quelque chose d’étrange s’est passé, ne serait-ce que pour son saut dans l’espace, mais elle n’a pas passé plus de 24 heures dans cet endroit étrange, elle en est certaine. Une semaine aurait pu passer, un mois peut-être aussi. Mais près de six mois ? Non, impossible.

Et pourtant. Pourtant elle a bien remarqué que les feuilles dans les arbres ont changé de couleur, que l’air est plus froid, que la couleur de la mer n’est pas celle qu’on retrouve en été… Elle sait, au fond d’elle-même, que Kauri ne lui ment pas. L’idée n’en est pas moins complètement absurde et impossible à accepter.

« Pendant toute la saison chaude, tu avais... disparu, par je ne sais quelle malédiction ou quel miracle... Enfin, malédiction pour le départ, miracle pour le retour, je suppose. »

Elle entend à peine ces dernières paroles, fixant toujours Kauri avec une expression figée, maintenant devenue paniquée. La vague de folie causée par la proximité de Trigvii qu’elle retenait avec peine l’envahit de nouveau. Ses mains, qu’elle avait réussi à ne presque plus faire trembler, recommencent à vibrer dangereusement, entrainant dans leur mouvement ses bras et ses épaules. Les cheveux, ressentant ce nouvel élan de stress, s’agitent en tirant sur leurs rênes.

Siobhàn secoue la tête et remet la charrette en marche, marmonnant entre ses dents :

« Si je mets la main sur ce ladvaettir, je lui arrache la tête pour en faire un pot de fleurs… »

S’éloigner. S’éloigner d’ici au plus vite, c’est ce qu’il lui faut. Ensuite seulement pourra-t-elle peut-être faire sens de ce qui lui arrive. Elle élève de nouveau la voix pour s’adresser à Kauri, plus doucement cette fois :

« Je suis désolé, je dois continuer d’avancer. Je ne peux pas rester ici, à… à Trigvii. C’est une longue histoire, je te raconterais si tu y tiens vraiment, mais je dois continuer. »

Elle met une pause, hésitant sur les mots à choisir, puis demande finalement :

« Six mois, bon sang... Kauri, j’étais avec deux autres femmes, dont l’une est Dagheidr, du Clan de la plaine. As-tu eu des nouvelles d’elle ? Est-elle rentrée saine et sauve ? Est-elle… disparue, elle aussi ? »

Son inquiétude pour son amie est apparue aussi vivement qu’un coup de poing au ventre. Du même coup, elle pense à toutes ces personnes qui ont dû s’inquiéter pour elle pendant ces six mois d’absence inexpliquée. La famille de Kauri, déjà, son amie Silke également, mais aussi et surtout sa mère. Qu’ont-ils cru, tous? Qu’elle les avait abandonnées sans dire un mot? Qu’elle était morte, attaquée par des bêtes sauvages ou des voleurs, quelque part sur les routes? L’urgente envie de rentrer dans son Clan pour rassurer sa mère la saisit et elle doit faire un effort pour ne pas demander à ses chevaux d’avancer plus rapidement. Même au galop, elle ne sera pas sur le territoire du Clan des Plaines avant quelques jours.

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