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 Brume aux yeux, doute au coeur

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Ulfskarn Bjarnsson


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MessageSujet: Brume aux yeux, doute au coeur   Mer 26 Oct - 23:26

La brume s'insinuait doucement entre les arbres des forêts du clan du Vent, dissimulant la mousse, l'herbe et les racines dans un océan gazeux prêtant aux lieux des aspects de forêt enchantée. En vérité, la chose n'avait rien de magique : la brume venait tout simplement des hautes montagnes proches, pour ensuite se jeter dans le climat plus chaud de ce gigantesque bosquet sauvage. Pourtant, ils existaient des hommes et femmes considérant l'événement avec une superstition toute grave, et Ulfskarn était de ceux-là.

Le nocturne avançait avec prudence, progressant entre les arbres, l’œil aux aguets. À ses côtés, Stig humait les alentours avec attention. La muselière pendait à la ceinture de son maître et l'animal était en traque. En traque de gibier. Le fils de Bjarn tenait son arc en main, une flèche dans l'autre, prêt à encocher. Il était légèrement voûté, ramassé sur lui-même, comme s'il redoutait par avance le pas suivant son précédent. Ses lèvres remuaient quasiment en silence tandis qu'il formulait une prière à Baldr, appelant respectueusement l'Ase à éclairer son chemin et à le protéger des êtres maléfiques. Il s'interrompait parfois, son œil repérant un mouvement brusque, un chatoiement de couleurs... Mais ce n'était qu'une feuille aux couleurs dorées qui se détachait d'une branche.

La saison était à l'agonie... Et cette agonie se manifestait dans le cœur des eylandis. L'île avait bien changé depuis cette période de paix et de calme, depuis les longs jours et les feux de joie, depuis la foire de Brunnr... Maintenant le soleil était de jour en jour plus timide, et on enflammait les bûchers dans l'espoir de s'éclairer un peu plus, de se réchauffer de l'air frais.
Ulfskarn avait perçu les changements, comme de nombreux habitants de l'île. Pour lui, ces changements s'étaient manifestés au travers de ses rencontres : les gens étaient moins enclin à lui faire confiance, à lui confier des tâches, les paysans qu'ils croisaient en longeant les champs lui jetaient des regards méfiants, empoignant fermement leurs outils. Les fermiers et villageois rejetaient bien plus souvent sa demande d'asile pour la nuit, même contre quelques objets à troquer et le dresseur devait se résoudre à passer la nuit dans une taverne... Ou parfois même en pleine nature.

Lui-même avait changé, comme tout le monde. Il s'était fait plus maussade, plus sauvage, plus fatigué. Lorsque les rumeurs de guerre étaient parvenues jusqu'aux villages où il était toléré, le dresseur avait plié bagage immédiatement. En bon membre du clan de la Nuit, il avait compris que le temps était à la protection des siens.
Mais il n'était pas rentré chez lui pour autant : la honte toujours en son être, il avait choisi de se terrer à la frontière entre son clan et celui du Vent. En premier lieu, l'objectif était simple : chasser le dragon-fées et les tuer, préserver le mode de vie des siens en empêchant ces sales petites créatures de causer des ravages en volant le fer. Pour cela, Ulfskarn était méthodique : il posait une poignée de pièges et passait ses journées à attendre, allant d'un collet à un autre, attendant, dissimulé, d'avoir une proie à sa merci. Bien sûr, les dragons-fées n'étaient pas facilement appâté, et il fallait accepter de sacrifier un peu de fer pour cela, avec peu de chance de succès, mais heureusement, Stig était là pour accroître sa bonne fortune. En son campement, une grotte naturelle qu'il avait amménagé du mieux qu'il pouvait, il possédait déjà trois petits corps de ces diablotins chapardeurs, qu'il conservait avec fierté.
L'autre objectif, qu'il s'avouait moins, était de surveiller les éventuels mouvements de troupes ou d'éclaireurs de la part des fils du Vent. Ceux-là n'étaient certes pas forcément les plus belliqueux, mais en ces temps de doute et de méfiance, l'homme restait un loup pour l'homme, et le fils de Bjarn donnerait sa vie avant de laisser son clan faire front sans lui. En son for intérieur, le nocturne se demandait tout de même s'il oserait ôter la vie pour une question d'appartenance clanique.

Un craquement de branchage le fit s'arrêter et sortir de ses pensées. Le corpulent homme s'immobilisa avant de tourner la tête en direction du bruit. Les arbres et le brouillard gênaient sa vue et il ne distinguait rien. Stig s'était arrêté aussi et reniflait l'air avec insistance. Il sentait quelque chose. D'un souffle rauque, Ulfskarn lui ordonna de s'immobiliser là. Il comptait garder son animal en retrait aussi longtemps que possible, pour mieux prendre sa proie par surprise : la brume était également de son côté, après tout...

Il s'accroupit et se mit à dériver sur la gauche de la zone d'où le craquement s'était entendu. Lentement, pas après pas, il se dirigea vers un lieu d'observation plus sûr : à quelques mètres au-delà, entre un rocher et un tronc d'arbre, il put se placer.

Ses yeux parcoururent le brouillard avec attention. Non... À première vue il n'y avait... Oh ! Et bien si ! Il avait entrevu un mouvement. Quelque part dans cette océan d'incertitude... Qu'était-ce donc ? Cela semblait se rapprocher... Tant mieux, il distinguerait bientôt mieux la forme de la bête.

Il banda son arc et grimaça lorsqu'il entendit son cordage crisser légèrement. En espérant que la proie n'ait rien entendu....
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Dagheidr Dalgaard


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MessageSujet: Re: Brume aux yeux, doute au coeur   Jeu 27 Oct - 18:55

L'air était humide, lourd, opaque, au grand dam de Dagheidr. Elle avait beau savoir qu'il n'en était rien, pour un peu elle se serait encore crue piégée sous la pluie épaisse d'un monde mort, quelque part dans les Plaines. Pourtant le décor était tout autre, les arbres abondants et en bonne santé, la nature fourmillait de vie pour qui voulait tendre l'oreille... mais quelque chose la dérangeait toujours. Ne pas voir l'horizon, que sa vue soit obstruée par la brume ou par une végétation trop impérieuse, l'oppressait de plus en plus. Ne pas savoir où elle était la rendait encore moins sûre d'elle. Être à peu près certaine que c'était l'automne la troublait au plus haut point, elle qui avait quitté la Foire au printemps. N'avoir qu'une vague idée de l'heure et la perspective de devoir passer la nuit seule sur une terre inconnue accroissaient son anxiété. Être seule était comme un long, très long Rituel, sans feu, sans consigne et sans Ase bienveillant censé se manifester. La jeune femme n'avait pour toute compagnie qu'un petit couteau à tout faire, son arc et ses flèches, bénis soient-ils ! et n'osait même pas chantonner pour s'encourager de crainte d'attirer des prédateurs inconnus.

Dagheidr n'était pas familière des forêts. Bien sûr, il lui était arrivé de voyager, d'en voir, même d'en explorer quelques parcelles aux côtés d'Aslaug et d'autres membres de la petite troupe qui se retrouvait à chaque Foire, mais il faisait grand soleil, Aslaug connaissait le terrain, ses atouts et ses dangers, et surtout elle avait choisi de s'y rendre. Ici, rien de tout cela, et la jeune femme n'avait que la mousse sur les troncs pour s'orienter - la belle affaire quand elle ne savait même pas où elle était ! Tout au plus était-elle raisonnablement assurée de ne pas tourner en rond, ce qui n'était déjà pas si mal à bien y penser. Il était si facile de se perdre sans soleil et sans étoile. En continuant plein nord elle finirait bien par arriver quelque part... avant la nuit idéalement, mais rien n'était moins sûr. Pour ce qu'elle en savait on pouvait être le matin. Quelque chose dans la faible luminosité qui traversait les arbres lui parlait plutôt d'une fin d'après-midi, mais comment savoir ? Etait-elle seulement de retour dans le monde des mortels ? Dagheidr n'était ordinairement pas plus superstitieuse qu'un autre, mais les derniers événements n'avaient pas contribué à sa tranquillité d'esprit.

La jeune femme progressait donc vers le nord, aussi rapidement que possible sans faire de raffut - soit pas très vite. Heureusement pour elle, les feuiles mortes gorgées d'humidité ne craquaient presque pas sous son poids, ce qui lui permettait d'adopter une allure décente. Une branche plus sèche que les autres céda soudain sous ses pieds et elle se figea, l'oreille aux aguets. Elle n'était pas en traque - elle aurait peut-être dû d'ailleurs parce que le repas du jour risquait d'être de la brume -, mais si faire fuir de petites proies n'était pas encore dramatique ce n'était définitivement pas le moment d'alerter de plus gros prédateurs. Ses yeux bleus fouillèrent anxieusement la brume, l'espace d'un instant, le temps de décider qu'elle n'y verrait rien et qu'il valait mieux se concentrer sur son ouïe. Elle n'entendait rien. Il lui fallut une bonne dizaine de secondes pour réaliser que justement, elle n'entendait rien. Depuis combien de temps les oiseaux avaient-ils cessé de chanter ?

Dagheidr avança lentement. Un pas. Deux pas. Elle put alors se plaquer contre le large tronc d'un arbre tout proche et cessa de bouger. Que faire ? Réfléchir. Eviter tout danger. Se mettre à l'abri. Quel abri ? Pas de promontoire en vue, pas de caverne miraculeuse. Avec son vertige, trouverait-elle le courage de tenter de grimper à ce qu'elle ignorait être un chêne ? Les premières branches semblaient si hautes ! Beaucoup trop pour s'en saisir, hélas. La petite brune scruta l'air opaque en quête d'un arbre plus accueillant. Un peu plus loin il lui sembla en discerner un autre aux formes plus torturées. Elle pourrait tenter. Les branches semblaient larges et soutiendraient certainement son poids, en sautant peut-être parviendrait-elle à s'y jucher et à grimper un peu pour se mettre hors d'atteinte ? Pas de deuxième chance, le bruit du saut et d'une chute alerterait toute créature environnante. Fuir ? Mais fuir quoi ? Vers où ? Dagheidr courait vite dans ses Plaines chéries, et même dans les collines herbues qui nourrissaient les troupeaux en été, mais elle était seule, aucun de leurs énormes chiens de troupeau capables de tenir tête aux loups ni aucun de ses frères ne se trouvait dans les environs pour venir à son secours. Elle pouvait bien sûr tenter de tirer sur toute créature qui se manifesterait, mais si elle ne faisait que la blesser elle risquait de s'enrager et de l'attaquer aveuglément. L'arbre était encore la moins risquée des options. Elle se sentirait terriblement ridicule si ce n'était qu'un cerf, mais au moins elle aurait toujours sa peau bien en place si c'était autre chose. Et le silence des oiseaux ne l'incitait pas à penser à un cerf.

Elle risqua un regard derrière son arbre. L'autre arbre, celui où elle pouvait espérer grimper, était bien en vue. La jeune femme pinça les lèvres. Il lui faudrait ceindre à nouveau son arc et assurer ses flèches dans leur carquois pour sauter, ce qui la laisserait totalement vulnérable l'espace d'un instant. Elle en était là de ses réflexions lorsqu'une impression la figea. Un son qu'elle n'était même pas certaine d'avoir entendu, mais qu'elle connaissait comme la paume de sa main. La corde d'un arc. Elle ne l'avait pas rêvée, si ? Et si le prédateur était un chasseur ? Ou un guerrier ? Le soulagement l'envahit. On pouvait parler avec les humains. Il serait sans doute possible de discuter. De savoir. De comprendre. Mais s'il la prenait pour un animal et tirait ? Mais si elle avait juste rêvé le bruit en pensant à son propre arc et se trouvait en réalité face à un ours ou pire encore ? Elle serra les dents, adressa une prière aux esprits des lieux pour qu'ils ne lui destinent pas un quelconque sort funeste par le biais d'une des créatures de leurs terres, parce qu'après ce qu'elle venait de vivre ce serait gentil de l'épargner un peu, et à Freyja parce qu'elle ne voulait pas mourir tout de suite. Elle encocha la flèche, prête à bander son propre arc, sans le faire pour autant : elle n'avait pas la force de garder bien longtemps la corde tendue.

"Je ferais un très mauvais repas."

Ce n'était pas forcément le comble de la pertinence, mais au moins sa voix n'avait pas tremblé. Pas trop. Mais elle était un peu trop aiguë pour être parfaitement naturelle, et l'espace d'un instant elle détesta ses nerfs déjà bien mis à mal par ses récentes péripéties. En plus il fallait veiller à ce que son pouvoir reste tranquille...

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Ulfskarn Bjarnsson


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MessageSujet: Re: Brume aux yeux, doute au coeur   Jeu 27 Oct - 23:31

Qu'était-ce donc...?

Les bras d'Ulfskarn tressautaient doucement sous l'effort silencieux qu'il devait faire pour conserver la corde tendue. La forme avait disparu dans un courant soudain. Le brouillard avait enveloppé ce qu'il n'avait que deviné et l'instant d'après... Il n'y avait plus rien ! Le fils de Bjarn n'avait cependant pas baissé son arc, se méfiant d'une soudaine réapparition. La flèche tremblait le long du corps de l'arme, à mesure que sa visée se faisait moins sûre. Aurait-il dû tenter le tir plus tôt ? Cela lui avait semblé profondément irréfléchi, car n'importe quoi, ou qui aurait pu être au devant : animal ? humain ?... Autre ? Ami ou ennemi ?
Mais maintenant que ce soupçon de présence avait disparu, il se demandait s'il n'avait pas faire erreur. Avait-il réellement entraperçu un mouvement ? Et là encore ? Il avait cru percevoir les sons d'un déplacement discret... Mais était-ce réellement le cas ? Il était en chasse depuis plus de la moitié de la journée maintenant, et sa fatigue pouvait tout à fait influencer ses sens et lui faire apparaître aux yeux et aux oreilles une présence. Et puis cette satanée brume n'aidait pas du tout !

Finalement, résigné, dans un discret soupir, il baissa son arc et relâcha la tension dans sa corde. Ses yeux demeurèrent fixé en avant, cherchant ce qui n'était plus là. Ce qui n'avait peut-être jamais été là. Ses oreilles ne percevaient plus que le silence. Il réalisa bien tard que les oiseaux s'étaient tus : sa présence avait été détecté, s'il y avait bien eu quelque chose au-delà du brouillard, cela avait dû le repérer et s'éloigner depuis un moment maintenant. Il passa sa main sur son visage et soupira.

"Je ferais un très mauvais repas."

Ulfskarn sursauta. Un peu plus loin, en retrait, Stig se mit à grogner lourdement. La voix avait surgi de nulle part et de partout à la fois. L'épaisseur de la forêt et de sa brume la rendait sourde et difficile à localiser. Mais il avait bien entendu reconnu un timbre de voix aigu et féminin.
Le mastiff se tint à ses côtés, humant l'air, les oreilles aussi dressées que possible. D'un ordre sec, le maître intima à la bête de chercher l'intrus, et Stig s'exécuta, plongeant sa truffe au sol pour traquer ce que les hommes ne pouvaient voir et sentir. L'animal était un bon chien de chasse, et Ulfskarn le laissa œuvrer pour lui, se concentrant sur les environs. L'individu devait être proche, car elle l'avait aperçu, et elle avait visiblement distingué son arme. Il n'y avait eu aucune menace, mais une présence humaine en pleine forêt était déjà anormale... Alors deux se rencontrant... Cela avait tendance à mettre le Nocturne sur la défensive.
Il rechignait à briser le silence qui venait de revenir, seulement troublé par sa respiration et les bruits de reniflements de son chien un peu plus loin. D'ordinaire il était de nature taciturne, alors il n'allait certainement pas devenir plus loquace dans une situation comme celle-ci. Son regard se portait autour de lui, traquant implacablement les formes dans les volutes, ici un arbre, là une pierre... Et là...

Il s'immobilisa à nouveau, ayant repéré une silhouette derrière un arbre, il n'avait cru voir qu'un énorme tronc au premier abord, mais il distinguait maintenant un mince relief séparant les deux formes dans le brouillard. Bien sûr c'était extrêmement flou à cette distance, et il avait eu de la chance de la repérer d'ici. La forme conservait son immobilisme parfait, tout comme lui. Il ne voyait pas de visage, seulement une partie d'un corps, un contour incomplet. Il grogna : Stig était parti dans la mauvaise direction, il chercha son chien du regard puis fit un pas pour mieux se replacer par rapport à l'étrangère. Qui était-elle ? De quel clan ?... Était-elle seulement humaine ? Ou s'agissait-il d'un esprit des forêts ou d'une apparition mystique ? Le nocturne espéra qu'il s'agissait simplement d'une mortelle, de toute façon si ce n'était pas le cas, il ne pourrait pas grand chose.

Il demeura dans l'attente encore un peu, les yeux verrouillés sur la forme, bien décidé à ne pas la perdre une seconde fois. Que faire maintenant ? Il ne se voyait toujours pas faire preuve de violence contre l'inconnue, mais ne percevait pas non plus cette présence (potentiellement) humaine comme rassurante. Espionne ? Braconnière ? Esprit ? Voyageuse perdue ? En tous les cas, il fallait faire avancer les choses, et l'autre l'avait visiblement compris en engageant la conversation.

Finalement, dans une réponse tardive, sa voix grave et abimée s'éleva à son tour, calme comme une tempête lointaine.

"Qui va là ? Que faites-vous ici ?"

Droit au but, aucun trait d'esprit. Pour elle, il devait apparaître très imperméable et primaire. Mais en plus de l'entendre, elle le voyait très bien : le dresseur ne regardait pas dans la bonne direction, prenant une chimère, un tronc d'arbre difforme, pour sa cible, alors que celle-ci était à sa périphérie, soustraite à son attention et légèrement en surplomb. Elle avait l'ascendant parfait sur lui, et sur son chien - qui progressait doucement mais sûrement vers elle cependant, la traquant. De là où elle se trouvait, elle pouvait voir un homme couvert d'une armure matelassée, équipé comme s'il allait faire quelques mauvaises rencontres, sa barbe dru, ses bottes et chausses couvertes de boue, et sa vieille cape élimée lui donnait des allures de vagabond sauvage, il portait une sacoche accrochée à la taille et sur sa cuisse, ainsi qu'un carquois, un coutelas et une hache. Son regard de glace sous ses sourcils froncés ne donnait pas spécialement envie de faire plus amples connaissances. Toutefois, un détail jouait en sa faveur, encore et toujours : il n'avait pas ré-encoché sa flèche.

HRP:
 
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Dagheidr Dalgaard


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MessageSujet: Re: Brume aux yeux, doute au coeur   Ven 28 Oct - 19:07

Visiblement la créature qui grogna en réponse n'était pas de l'avis de Dagheidr. Elle avait probablement rêvé ce bruit de corde, et pour avoir tenté le sort elle allait finir en cure-dents pour monstre. L'arbre tout à l'heure si proche lui semblait soudain inaccessible, séparé d'elle par des mers et des mers de feuilles, de branches et de brume - surtout de brume. Ou de feuilles. De choses qui voilaient la vue et bruissaient sous la course. L'animal renifla lui sembla-t-il, puis plus rien. Il devait être passé à la traque. L'arbre. Les feuilles. L'arbre. Fuir ? L'arbre ? Risquer d'échouer et d'atterrir sur le dos, sur son arc, incapable de se défendre ? Rester là et se faire cueillir comme une pomme mûre ? Quitter les lieux à l'aveugle, au risque de faire du bruit ou de foncer sur le prédateur invisible ? Elle aurait dû monter dans l'arbre avant de parler. Le bruit aurait alerté la créature, de toute façon, mais tout de même, elle aurait eu une chance, un effet de surprise, quelque chose. Je déteste la forêt. Pardonnez-moi, mais vraiment, je ne suis pas faite pour vos terres. Qu'aimait-elle d'autre que les grands espaces, de toute façon ?

L'oreille aux aguets, l'oeil tantôt plissé tantôt grand ouvert pour tenter de distinguer la créature avant qu'elle la trouve, Dagheidr opta finalement pour l'immobilité. Elle verrait bien quelque chose, et pourrait y planter une flèche. Elle se faisait confiance pour toucher à peu près n'importe quoi de plus gros qu'une perdrix, d'autant qu'avec cette brume la créature serait forcément proche lorsqu'elle l'apercevrait. L'animal serait pris par surprise, les animaux sauvages ne crachant que rarement des flèches. Ensuite, elle courrait vers l'arbre en profitant de son minuscule avantage. Voilà. Un début de plan était toujours mieux que le brouillard complet. Sans mauvais jeu de mot.

Un nouveau grognement s'éleva, différent, et la jeune femme serra très fort les lèvres pour ne pas couiner. Une autre créature. Evidemment. Il avait fallu qu'elle tombe sur une meute. Et comment était-elle censée rapporter ce qu'elle avait vu aux siens si elle finissait dévorée par des loups ou encornée par un sanglier, hein ? Hein ?!

Elle inspira profondément, en silence, un peu d'air et beaucoup de brume. Allons, les esprits n'étaient pas cruels à ce point, même dans leurs mauvais jours. Sans doute. Tout allait bien se passer. Elle allait réussir à grimper à son arbre. Mais il fallait y aller tout de suite, avant que la meute au complet soit sur elle. A contrecoeur, la petite brune rangea sa flèche et leva les bras pour ceindre son arc.

"Qui va là ? Que faites-vous ici ?"

Elle se figea à nouveau, en plein mouvement, les bras levés derrière son arbre et l'arc au niveau du front. La créature parlait, d'une voix grave, énorme, mais calme et apparemment pas agressive. Etait-ce un humain, en fin de compte, ou un monstre inconnu qui parlait le langage des hommes ? On pouvait sans doute parler avec les monstres qui parlaient, en utilisant les bons arguments. Quelque chose comme "je suis trop maigre pour faire un bon en-cas, mais je peux t'aider à chasser quelque chose de plus nourrissant si tu me laisses partir", ou "ma famille élève des moutons, laisse-moi partir et avant l'hiver tu auras dix moutons". Elle n'en reprit pas moins son arc à la main et la flèche dans son carquois. Parfois le dialogue échouait, et il fallait se tenir prêt. Hommes, bêtes ou monstres, ils étaient au moins deux face à elle, et elle n'en avait toujours repéré aucun.

"Dagheidr Dalgaard, du Clan des Plaines. Qui êtes-vous et quelles sont vos intentions ?"

Elle n'avait répondu qu'à une des deux questions, et enchaîna sans laisser le temps à son interlocuteur de répondre, les yeux fouillant la brume de plus belle en quête d'une silhouette rampante, géante ou banalement humaine :

"Et je voudrais bien savoir où je suis."

Une forme plus sombre et plus ronde que les autres finit par accrocher son regard, un peu en contrebas. La brume s'éclaircissait-elle ? Peut-être. La silhouette ressemblait assez à un homme accroupi pour en être un. Mais les grognements ?

"Combien êtes-vous ?"

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Brume aux yeux, doute au coeur   Mar 1 Nov - 13:39

La silhouette était toujours immobile, face à lui, tandis que Stig avait disparu sur sa gauche. Ulfskarn plissait presque plus les yeux qu'il ne les fronçait, son attention focalisée sur sa cible. Il allait répéter ses questions lorsqu'une réponse lui parvint finalement :

"Dagheidr Dalgaard, du Clan des Plaines. Qui êtes-vous et quelles sont vos intentions ?"

La surprise passa sur ses traits. Ce nom ne lui évoquait rien, ni en bien ni en mal, quant à son appartenance... Ulfskarn se serait attendu à autre chose, un membre de son clan, quelqu'un du clan du vent, une réponse énigmatique ou même le silence. Que venait donc faire une pied-plat ici ? Cela paraissait si... Étrange !
Il se redressa et considéra celle qui lui parlait, ou du moins considérait-il un arbre aux allures de femme embrumée. Elle demeurait parfaitement immobile... Complètement enracinée même...

"Et je voudrais bien savoir où je suis."

Le nocturne se posa instantanément la même question, alors que Loki avait dévoilé sa farce à ses yeux : cela faisait plusieurs minutes qu'il épiait avec grand soin un arbre. La brume semblait s'être amusée à s'écarter en ce moment opportun, laissant l'homme sans proie, ne parvenant même plus à mettre une vague forme sur cette voix. Quel imbécile ! Il pesta contre lui-même mais s’interrompit bien vite de crainte d'effrayer l'autre.

Se redressant, il s'écarta de sa cachette et balaya les environs du regard, au moins avait-il eu une réponse, même si elle était insatisfaisante à ses yeux. Maintenant il n'avait plus qu'à faire de même et à répondre pour poursuivre ce dialogue d'aveugles.

"Combien êtes-vous ?"

Intéressant. Elle devait avoir perçu la présence de son chien, sans forcément l'identifier comme telle. Son esprit poursuivit sur cette pensée et le dresseur s'orienta dans la direction où il avait cru voir partir l'animal. Stig ne s'était pas trompé en fin de compte, il devait avoir suivi la véritable piste, l'odeur corporelle de cette Dagheidr Dalgaard. Ulfskarn fit quelques pas prudent en avant, l'arc toujours en main, la flèche non-encochée, comme une menace sous-entendu.

"Je me nomme Ulfskarn Bjarnsson... Du..." Il hésita un instant, seulement un instant. "Du clan de la Nuit. Je suis en chasse, Dagheidr Dalgaard, depuis plusieurs nuits ceci est mon territoire. Prenez ceci comme vous le voulez, une menace ou un avertissement honnête : j'ai posé des pièges à plusieurs endroits."

Ce n'était pas vraiment mentir et cela pouvait faire douter un ennemi comme avoir le mérite de prévenir un allié. Bien entendu, ses pièges n'étaient pas dans cette zone, et de toute façon, ils n'auraient fait que la ralentir, et non pas la piéger ou la blesser. Ces pièges-là étaient à destination des dragons-fées.

"Vous vous trouvez dans les forêts entre Hallbjorn et Holt... Aux pieds des montagnes centrales."

Comment pouvait-elle ignorer où elle se trouvait ? Ne s'était-elle pas rendue d'elle-même jusqu'aux profondeurs de ses bois ? Alors dans ce cas, qui l'y avait conduite, et sans lui dire de surcroît. L'affaire était véritablement très étrange. Trop étrange pour Ulfskarn.
C'est alors qu'il la vit en surplomb de lui. Il se stoppa net devant cette apparition, son cœur ratant presque un battement. Elle avait les traits d'une jeune fille, la beauté de l'innocence, ce qui ne rassura pas du tout le Nocturne. Combien d'histoires de spectres et de sorcières horribles débutaient avec une jeune et jolie damoiselle attirant les imprudents hors des sentiers battus. S'agissait-il d'un mauvais esprit...? Cela expliquerait beaucoup de choses. Peut-être était-ce même l'esprit sylvestre de ces bois. Ulfskarn murmura une prière qu'elle put entendre.

Leurs regards s'échangèrent dans cet instant figé... Et les aboiements de Stig brisèrent cette bulle de calme. Le mastiff avait finalement réussi à suivre le chemin du surplomb pour trouver la piste de la jeune femme, il l'avait suivie avec zèle et maintenant se trouvait légèrement en arrière de Dagheidr : elle se trouvait plus ou moins entre le dresseur et sa bête.
Il fronça les sourcils, la situation revenait certes sous son contrôle, avec Stig dans les parages, mais l'animal savait pourquoi on lui avait retiré la muselière : pour chasser. Pour lui, cette personne était une proie de son maître. Il attendait donc un signal pour refermer sa gueule sur ses membres, aboyant en s'approchant un peu plus à chaque fois, dans une posture menaçante.
Ulfskarn n'avait qu'un mot à dire pour le faire passer à l'attaque, ou revenir à ses pieds. Il restait à savoir si cette jeune femme disait vrai sur son identité, ou si elle mentait. Que pouvait-elle lui faire ? Elle semblait armée... Et était-elle seule, elle...?

Que faire maintenant, fils de Bjarn ?

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MessageSujet: Re: Brume aux yeux, doute au coeur   Mar 15 Nov - 23:34

La silhouette voûtée était peut-être bel et bien un homme, en fin de compte. Ou l'esprit des lieux. A moins qu'elle soit une sorte de monstre à forme humaine. Ou quelque chose d'autre. En tout cas elle se redressa pendant qu'elle parlait, et ce qu'elle distinguait ressemblait définitivement à un homme en tenue de combat, arc en main et flèche non-encochée, comme elle. C'en était presque rassurant, et l'aurait probablement été si elle n'était pas intimement convaincue qu'il n'était pas tout seul.

La voix s'éleva à nouveau, du même endroit apparemment - pour autant qu'elle pouvait en juger sur ce terrain inconnu.

"Je me nomme Ulfskarn Bjarnsson... Du... du clan de la Nuit."

Pourquoi cette hésitation ? Dagheidr n'en fut que davantage sur ses gardes. Elle avait un nom, mais ce nom n'était pas sûr de ce qu'il affirmait. Pourquoi ? Etait-ce un banni, un hors-la-loi, un membre fraîchement adopté par ce clan ? Il reprit la parole, coupant court à ses interrogations :

"Je suis en chasse, Dagheidr Dalgaard, depuis plusieurs nuits ceci est mon territoire. Prenez ceci comme vous le voulez, une menace ou un avertissement honnête : j'ai posé des pièges à plusieurs endroits."

"Une menace honnête" sembla aussitôt un compromis satisfaisant aux oreilles de la jeune femme. D'un autre côté, quoi de plus normal qu'un chasseur posant des pièges ? Elle hocha légèrement la tête sans répondre, tendue, attendant la suite, s'efforçant tout de même de repérer la probable deuxième entité qu'elle avait entendue au départ mais n'avait pas vue. L'homme qui s'était relevé ne bronchait pas, mais ne regardait pas tout à fait dans sa direction - lui semblait-il. Il était si difficile de décider si c'était bien un visage qu'elle apercevait au sommet de la silhouette... alors déterminer sa direction exacte ! Au moins, si ce qu'il avait en main était un arc, la flèche n'y semblait pas - plus - encochée.

La nouvelle du lieu où elle se trouvait lui tira un bref soupir de soulagement. Entre Hallbjorn et Holt ? Elle était bien en Eyland alors, de retour dans le monde des mortels ! Ce n'est qu'au milieu de son soupir qu'elle réalisa qu'elle était justement entre Hallnjorn et Holt, à mille lieues de Brunnr, et qu'il s'étrangla. C'est à peine si elle réalisa que la brume lui permettait désormais de mieux discerner l'homme, qu'elle surplombait légèrement. Il la fixait, et elle le fixa aussi. Il avait l'air réel. Humain. Davantage qu'un monstre en tout cas, pour ce qu'elle en savait. Il pria, et les mots lui tirèrent un rire nerveux.

"Je vous en prie... Puisse l'esprit des lieux vous entendre et nous prendre en pitié, parce que je n'y comprends plus rien. Entre Hallbjorn et Holt, au milieu de nulle part... et nous sommes en plein automne."

Elle avait besoin de tout raconter, soudain, de prouver et de se prouver qu'elle n'était pas folle, mais quelque chose la retenait encore - le bon sens, probablement. La situation et le public ne se prêtaient pas exactement aux épanchements.

Des aboiements derrière elle la firent sursauter, encocher sa flèche et se retourner d'un seul mouvement, pointant sa flèche sur un chien. Un énorme chien qui n'avait pas grand-chose de commun avec les animaux au poil long qui gardaient les troupeaux des Plaines, si ce n'est une taille plus que respectable. Elle savait qu'elle avait entendu un bruit. Et à présent elle était cernée. Un chasseur sachant chasser, en somme... Elle serra les dents face à l'animal qui aboyait et approchait peu à peu, clairement menaçant. Son bras tremblait déjà, de tension, de fatigue et de peur.

"Ulfskarn Bjarnsson du Clan de la Nuit. Retenez votre chien. S'il vous plaît."

Dagheidr n'était pas très convaincante et s'en rendait bien compte, sans doute parce qu'elle n'était elle-même pas très convaincue. Ils étaient deux, elle était seule, tout le monde était armé, et ce maudit arbre était trop loin à présent.

"Je comprends bien que ma présence sur les terres du Clan de la Nuit puisse déplaire..."

Non. Ca n'allait pas. Ce n'était probablement pas le genre d'homme à s'attendrir d'une demoiselle en détresse. Pas le genre du Clan de la Nuit, non plus. Surtout, surtout, deux regards réprobateurs pesaient sur elle. Sa mère, qui ne l'avait pas élevée pour lui apprendre à adopter de telles attitudes ; Jolgeirr, qu'elle devait épouser et duquel elle voulait se montrer digne. Elle ne pouvait pas s'abaisser. Pas alors qu'elle devait, un jour, peut-être - qu'elle devait - unir deux clans et aider son futur époux à gérer le Nord. Pas alors qu'il restait d'autres options. Au prix d'un immense effort de volonté, parce qu'elle aurait bien gardé sa position même si ses bras hurlaient déjà au supplice, elle détendit la corde de son arc et le regarda en retenant son souffle, lui, l'homme qu'elle surplombait. Sa position lui rendit un peu de courage, mais l'obligeait à ne plus voir le chien que du coin de l'oeil.

"...mais je crois aux vertus d'un dialogue pacifique. Rappelez votre chien et je poserai mon arc. Mieux, je vous le donnerai." Son arc était typique des Plaines, court pour pouvoir être utilisé à cheval et puissant pour déployer son potentiel dans les régions ouvertes où les proies apercevaient les chasseurs de loin. Le sien était tout de même moins puissant qu'un arc d'homme, sinon elle n'aurait jamais pu le bander, mais restait identifiable pour tout homme habitué aux armes - et elle ne doutait pas qu'un membre de ce clan belliqueux l'était. Son arme prouverait mieux qu'un long discours qu'elle n'était pas originaire d'une région forestière. "Nous pourrons ensuite discuter de ma présence ici." Il lui faudrait avant tout mettre ses idées en ordre, mais l'homme avait sans doute des questions. Elles l'aideraient mieux qu'une heure de méditation. "Rappelez juste votre chien."

Il était menaçant. C'était normal pour un chien de chasse, naturel pour un chien de combat comme elle supposait qu'en élevait le Clan de la Nuit. Elle n'avait définitivement pas besoin que son pouvoir, qu'elle n'arrivait plus à contenir totalement tant la situation la dépassait, exacerbe les quelconques émotions qui pouvaient se tapir derrière ces dents dangereusement pointues.

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Ulfskarn Bjarnsson


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MessageSujet: Re: Brume aux yeux, doute au coeur   Mar 22 Nov - 23:11

"Ulfskarn Bjarnsson du Clan de la Nuit. Retenez votre chien. S'il vous plaît."

Visiblement, l'apparition de Stig avait fait son petit effet à l'inconnue. Cela rassura un instant le dresseur : n'importe qui aurait préféré garder le contrôle sur l'autre dans une pareille situation. Bien sûr il ne fallait pas en abuser et pousser son interlocutrice à tenter quelque chose de désespéré, sous le joug de la panique.
Elle avait fait volte face avec une dextérité notable, et bien qu'il ne puisse pas le voir lui-même, Ulfskarn ne doutait pas qu'elle visait Stig de son arc. Cette pensée lui arracha un sentiment de crainte qu'il se dépêcha de faire taire. Malgré les liens qu'il avait tissé avec son compagnon de route, il se devait de ne pas oublier qu'il s'agissait juste d'un chien de chasse et de combat et rien de plus. Il pourrait très bien mourir de vieillesse, comme lors d'un affrontement contre un cerf robuste ou bien ici même, face à la flèche de cette apparition des bois.
À cet instant précis, les aboiements du chien muèrent. Légèrement bien sûr, mais le dresseur connaissait son animal. La sonorité n'était plus la même, une plainte se devinait : Stig avait peur..? Il ne pouvait voir la posture de son animal, mais il entendait les couinements qui entrecoupaient les jappements.

Pourquoi une réaction comme celle-ci de la part d'une bête qui n'hésitait pas à charger des animaux sauvages bien plus gros et impressionnants que lui ? Que percevait-il de cette Dalgheidr Dalgaard que lui-même manquait de voir ? Le doute s'empara de son esprit et lui déroba le peu de confiance qu'il s'était bâti un instant plus tôt.

"Je comprends bien que ma présence sur les terres du Clan de la Nuit puisse déplaire..."

Le nocturne hocha la tête pour lui-même. En effet, en de pareilles temps, il était déplaisant pour lui de trouver quelque chose n'étant pas un dragon-fée, un animal sauvage ou un membre du clan du Vent ici. Il n'avait aucune idée de la conduite à adopter et se retrouvait dans l'impasse, ce qui ajoutait à ce sentiment de méfiance et de crainte qu'il n'arrivait pas à chasser depuis quelques instants. Il ne pouvait décemment par revenir en tant que fils de Bjarn chez les siens pour rapporter cette étrange captive. D'abord car il vivait encore dans le déshonneur, et ensuite car malgré les tensions, il n'y avait encore aucun mal à se trouver dans les forêts environnants les territoires du clan de la Nuit. Il ne pouvait pas non plus la tuer de sang-froid, cela était contraire à tout ce qu'on lui avait enseigné, et ce en quoi il croyait. Quant à l'abandonner là... Son cœur lui chuchotait d'agir ainsi, de s'éloigner de cette présence dérangeante... Ce qui n'était pas non plus très juste et ne lui ressemblait guère.

Comment pouvait-il se douter que ses soupçons étaient renforcés par le don de cette fille des plaines ?

"...mais je crois aux vertus d'un dialogue pacifique. Rappelez votre chien et je poserai mon arc. Mieux, je vous le donnerai. Nous pourrons ensuite discuter de ma présence ici. "

Elle venait de baisser son arme et de lui faire face, se condamnant si Stig passait à l'attaque. Elle se livrait à lui, ce qui n'arrangea rien au dilemme dans lequel il se trouvait. Si c'était une ruse, elle était bien cruelle envers le serviteur de Tyr qu'il était. Leur regard s'échangèrent pendant un moment, chacun pouvant se rendre compte de la méfiance – et de la peur qu'éprouvait l'autre.

"Rappelez juste votre chien."

Ces mots le ramenèrent à la réalité. Il afficha un air maussade et sa voix s'éleva en un ordre sévère entre les arbres.
Dans les secondes qui suivirent, Stig s'empressa de s'éloigner de la femme pour revenir au pied de son maître, la queue entre les jambes. Le dresseur lui jeta un regard, ne comprenant toujours pas ce que son animal avait senti en elle. Il redressa la tête vers elle et d'un geste lent rangea sa flèche dans son carquois.

"Voilà mon chien à mes pieds, Dalgheidr Dalgaard. Vous pouvez gardez votre arc, mais descendez donc pour me toiser en égale. Je souhaite pour vous que votre présence ici n'ait rien à voir avec une quelconque manipulation du trompeur Loki, je n'apprécierais que trop peu la farce."

Son regard était toujours aussi fermé et peu avenant, en plus d'être empreint de son manque de beauté habituel. Cependant son air soucieux, le fils de Bjarn avait l'impression qu'un peu de sa crainte s'était envolée à ce moment. L'affrontement, s'il se produisait, était reporté. Le dialogue n'était pas son fort, mais il n'était pas connu pour être homme à violence gratuite. Si cette apparition n'était qu'un cruel esprit tourmenteur, Ulfskarn lui ferait face à la loyale : lorsqu'il se révélera. Le mieux à faire pour le moment était effectivement d'écouter cette femme et d'en apprendre plus pour éclaircir ce mystère qu'elle représentait.
Un détail lui revint alors : elle avait tiqué sur le fait d'être en plein automne, ainsi que sur sa présence ici. Ceci était curieux, si ce n'était intriguant, car l'automne avait pourtant l'habitude de s'annoncer dans son manteau de feuilles mortes couvrant le sol à travers toute l'île. Qui pouvait à ce point ne pas avoir vu les signes du changement de saison ?

Tandis qu'il se questionnait intérieurement, il prit la peine de la détailler plus exactement, ne la quittant pas des yeux. Peut-être pouvait-il en apprendre un peu plus grâce à des détails sur ses habits, d'éventuels bijoux ou autres marques visibles...
Bien sûr, il y avait cette arc, qui lui évoquait effectivement les armes des chasseurs des plaines, de ce côté-là, Dalgheidr Dalgaard semblait dire vraie. Mais le fils de Bjarn ne se faisait pas insouciant pour autant.

"Il est temps de me montrer les vertus d'un dialogue pacifique..."


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